Fables de Florian

Florian · Chapitre 26 sur 100

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Fables de Florian

FABLE IX. Les deux Chats.

Et puis par un travers bien digne d'un enfant,

Et même d'un être plus grand,

Il veut outrager ce qu'il aime,

Lui fait une grimace, et le miroir la rend.

Alors son dépit est extrême;

Il lui montre un poing menaçant,

Il se voit menacé de même.

Notre marmot fâché s'en vient, en frémissant,

Battre cette image insolente;

Il se fait mal aux mains. Sa colère en augmente;

Et, furieux, au désespoir,

Le voilà, devant ce miroir,

Criant, pleurant, frappant la glace.

Sa mère, qui survient, le console, l'embrasse,

Tarit ses pleurs, et doucement lui dit:

N'as-tu pas commencé par faire la grimace A ce méchant enfant qui cause ton dépit? —Oui.—Regarde à présent: tu souris, il sourit; Tu tends vers lui les bras, il te les tend de même; Tu n'es plus en colère, il ne se fâche plus: De la société tu vois ici l'emblême;

Le bien, le mal, nous sont rendus.

 

FABLE IX.

Les deux Chats.

Deux chats qui descendaient du fameux Rodilard, Et dignes tous les deux de leur noble origine, Différaient d'embonpoint: l'un était gras à lard,

C'était l'aîné; sous son hermine

D'un chanoine il avait la mine,

Tant il était dodu, potelé, frais et beau:

Le cadet n'avait que la peau

Collée à sa tranchante échine.