Fables de Florian
FABLE XIX. Les deux Paysans et le Nuage.
Temps heureux, qui ne dura guère!
L'homme devint bientôt méchant et criminel.
La Vérité s'enfuit au ciel,
En jetant de dépit son miroir sur la terre.
Le pauvre miroir se cassa.
Ses débris, qu'au hasard la chûte dispersa,
Furent perdus pour le vulgaire.
Plusieurs siècles après on en connut le prix; Et c'est depuis ce temps que l'on voit plus d'un sage
Chercher avec soin ces débris,
Les retrouver parfois; mais ils sont si petits,
Que personne n'en fait usage.
Hélas! le sage le premier
Ne s'y voit jamais tout entier.
FABLE XIX.
Les deux Paysans et le Nuage.
Guillot, disait un jour Lucas
D'une voix triste et lamentable,
Ne vois-tu pas venir là bas
Ce gros nuage noir? C'est la marque effroyable Du plus grand des malheurs. Pourquoi? répond Guillot. —Pourquoi? Regarde donc: ou je ne suis qu'un sot,
Ou ce nuage est de la grêle
Qui va tout abymer; vigne, avoine, froment,
Toute la récolte nouvelle
Sera détruite en un moment.
Il ne restera rien, le village en ruine
Dans trois mois aura la famine,
Puis la peste viendra, puis nous périrons tous. La peste! dit Guillot: doucement, calmez-vous;
Je ne vois point cela, compère:
Et, s'il faut vous parler selon mon sentiment,