Fables de Florian
FABLE XVIII. Les deux Persans.
Doit vous attaquer cette nuit.
Je viens veiller pour vous. La crédule innocente
Vers le poulailler le conduit:
A peine est-il dans ce réduit,
Qu'il tue, étrangle, égorge, et sa griffe sanglante Entasse les mourans sur la terre étendus, Comme fit Diomède au quartier de Rhésus.
Il croqua tout, grandes, petites,
Coqs, poulets et chapons; tout périt sous ses dents.
La pire espèce de méchans
Est celle des vieux hypocrites.
FABLE XVIII.
Les deux Persans.
Cette pauvre raison dont l'homme est si jaloux N'est qu'un pâle flambeau qui jette autour de nous
Une triste et faible lumière;
Par-delà c'est la nuit. Le mortel téméraire
Qui veut y pénétrer marche sans savoir où. Mais ne point profiter de ce bienfait suprême, Éteindre son esprit, et s'aveugler soi-même,
C'est un autre excès non moins fou.
En Perse il fut jadis deux frères,
Adorant le soleil, suivant l'antique loi.
L'un d'eux, chancelant dans sa foi,
N'estimant rien que ses chimères,
Prétendait méditer, connaître, approfondir
De son Dieu la sublime essence;
Et du matin au soir, afin d'y parvenir,
L'œil toujours attaché sur l'astre qu'il encense, Il voulait expliquer le secret de ses feux.