Fables de Florian

Florian · Chapitre 46 sur 100

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Fables de Florian

FABLE VII. Le Lièvre, ses Amis, et les deux Chevreuils.

FABLE VII.

Le Lièvre, ses Amis, et les deux Chevreuils.

Un lièvre de bon caractère

Voulait avoir beaucoup d'amis.

Beaucoup! me direz-vous, c'est une grande affaire;

Un seul est rare en ce pays.

J'en conviens; mais mon lièvre avait cette marotte,

Et ne savait pas qu'Aristote

Disait aux jeunes Grecs à son école admis:

Mes amis, il n'est point d'amis.

Sans cesse il s'occupait d'obliger et de plaire; S'il passait un lapin, d'un air doux et civil,

Vîte il courait à lui: Mon cousin, disait-il,

J'ai du beau serpolet tout près de ma tanière, De déjeûner chez moi faites-moi la faveur. S'il voyait un cheval paître dans la campagne, Il allait l'aborder: Peut-être monseigneur

A-t-il besoin de boire; au pied de la montagne

Je connais un lac transparent

Qui n'est jamais ridé par le moindre zéphyre:

Si monseigneur veut, dans l'instant

J'aurai l'honneur de l'y conduire.

Ainsi, pour tous les animaux,

Cerfs, moutons, coursiers, daims, taureaux, Complaisant, empressé, toujours rempli de zèle, Il voulait de chacun faire un ami fidèle,

Et s'en croyait aimé parce qu'il les aimait.

Certain jour que, tranquille en son gîte, il dormait, Le bruit du cor l'éveille, il décampe au plus vîte;

Quatre chiens s'élancent après,

Un maudit piqueur les excite,

Et voilà notre lièvre arpentant les guérets. Il va, tourne, revient, aux mêmes lieux repasse,

Saute, franchit un long espace Pour dévoyer les chiens, et, prompt comme l'éclair,

Gagne pays, et puis s'arrête:

Assis, les deux pattes en l'air,

L'œil et l'oreille au guet, il élève la tête,

Cherchant s'il ne voit point quelqu'un de ses amis.

Il apperçoit dans des taillis

Un lapin que toujours il traita comme un frère; Il y court: Par pitié, sauve-moi, lui dit-il,

Donne retraite à ma misère,

Ouvre-moi ton terrier; tu vois l'affreux péril... Ah! que j'en suis fâché! répond d'un air tranquille Le lapin: je ne puis t'offrir mon logement,

Ma femme accouche en ce moment,

Sa famille et la mienne ont rempli mon asile;

Je te plains bien sincèrement:

Adieu, mon cher ami. Cela dit, il s'échappe,

Et voici la meute qui jappe.

Le pauvre lièvre part. A quelques pas plus loin, Il rencontre un taureau que, cent fois au besoin, Il avait obligé; tendrement il le prie

D'arrêter un moment cette meute en furie

Qui de ses cornes aura peur.

Hélas! dit le taureau, ce serait de grand cœur:

Mais des génisses la plus belle

Est seule dans ce bois, je l'entends qui m'appelle; Et tu ne voudrais pas retarder mon bonheur. Disant ces mots, il part. Notre lièvre, hors d'haleine, Implore vainement un daim, un cerf dix-cors, Ses amis les plus sûrs; ils l'écoutent à peine,

Tant ils ont peur du bruit des cors.

Le pauvre infortuné, sans force et sans courage, Allait se rendre aux chiens, quand, du milieu du bois, Deux chevreuils reposant sous le même feuillage

Des chasseurs entendent la voix:

L'un d'eux se lève et part; la meute sanguinaire

Quitte le lièvre et court après.

En vain le piqueur en colère Crie, et jure, et se fâche: à travers les forêts