Fables de Florian

Florian · Chapitre 32 sur 100

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Fables de Florian

FABLE XV. L'Éducation du Lion.

Mais, qu'est-ce que cela?—C'est beaucoup trop, ma chère:

Commencez par vous corriger;

Votre humeur peut l'aigrir... Qu'appelez-vous, ma mie?

Interrompt aussitôt la pie:

Moi de l'humeur! Comment! je vous conte mes maux, Et vous m'injuriez! Je vous trouve plaisante:

Adieu, petite impertinente:

Mêlez-vous de vos tourtereaux.

Nous convenons de nos défauts,

Mais c'est pour que l'on nous démente.

 

FABLE XV.

L'Éducation du Lion.

Enfin le roi lion venait d'avoir un fils;

Par-tout, dans ses états, on se livrait en proie Aux transports éclatans d'une bruyante joie:

Les rois heureux ont tant d'amis!

Sire lion, monarque sage,

Songeait à confier son enfant bien aimé

Aux soins d'un gouverneur vertueux, estimé, Sous qui le lionceau fît son apprentissage.

Vous jugez qu'un choix pareil

Est d'assez grande importance

Pour que long-temps on y pense.

Le monarque indécis assemble son conseil:

En peu de mots il expose

Le point dont il s'agit, et supplie instamment Chacun des conseillers de nommer franchement Celui qu'en conscience il croit propre à la chose. Le tigre se leva: sire, dit-il, les rois

N'ont de grandeur que par la guerre;

Il faut que votre fils soit l'effroi de la terre:

Faites donc tomber votre choix

Sur le guerrier le plus terrible,

Le plus craint, après vous, des hôtes de ces bois. Votre fils saura tout s'il sait être invincible. L'ours fut de cet avis: il ajouta pourtant

Qu'il fallait un guerrier prudent,

Un animal de poids, de qui l'expérience

Du jeune lionceau sût régler la vaillance

Et mettre à profit ses exploits.

Après l'ours, le renard s'explique,

Et soutient que la politique

Est le premier talent des rois;

Qu'il faut donc un Mentor d'une finesse extrême Pour instruire le prince et pour le bien former.

Ainsi chacun, sans se nommer,

Clairement s'indiqua soi-même:

De semblables conseils sont communs à la cour.

Enfin le chien parle à son tour:

Sire, dit-il, je sais qu'il faut faire la guerre,

Mais je crois qu'un bon roi ne la fait qu'à regret;

L'art de tromper ne me plaît guère:

Je connais un plus beau secret

Pour rendre heureux l'état, pour en être le père, Pour tenir ses sujets, sans trop les alarmer,

Dans une dépendance entière;

Ce secret, c'est de les aimer.

Voilà pour bien régner la science suprême; Et, si vous desirez la voir dans votre fils,

Sire, montrez-la lui vous-même.

Tout le conseil resta muet à cet avis.

Le lion court au chien: ami, je te confie

Le bonheur de l'état et celui de ma vie;

Prends mon fils, sois son maître, et, loin de tout flatteur,

S'il se peut, va former son cœur.

Il dit, et le chien part avec le jeune prince.

D'abord à son pupille il persuade bien

Qu'il n'est point lionceau, qu'il n'est qu'un pauvre chien, Son parent éloigné; de province en province Il le fait voyager, montrant à ses regards

Les abus du pouvoir, des peuples la misère, Les lièvres, les lapins mangés par les renards, Les moutons par les loups, les cerfs par la panthère,

Par-tout le faible terrassé,

Le bœuf travaillant sans salaire,

Et le singe récompensé.

Le jeune lionceau frémissait de colère:

Mon père, disait-il, de pareils attentats

Sont-ils connus du roi? Comment pourraient-ils l'être? Disait le chien: les grands approchent seuls du maître,

Et les mangés ne parlent pas.

Ainsi, sans raisonner de vertu, de prudence, Notre jeune lion devenait tous les jours

Vertueux et prudent; car c'est l'expérience

Qui corrige, et non les discours.

A cette bonne école il acquit avec l'âge

Sagesse, esprit, force et raison.

Que lui fallait-il davantage?

Il ignorait pourtant encor qu'il fût lion;

Lorsqu'un jour qu'il parlait de sa reconnaissance

à son maître, à son bienfaiteur,

Un tigre furieux, d'une énorme grandeur,

Paraissant tout-à-coup, contre le chien s'avance.

Le lionceau plus prompt s'élance,

Il hérisse ses crins, il rugit de fureur,

Bat ses flancs de sa queue, et ses griffes sanglantes Ont bientôt dispersé les entrailles fumantes

De son redoutable ennemi.

A peine il est vainqueur qu'il court à son ami: Oh! quel bonheur pour moi d'avoir sauvé ta vie!

Mais quel est mon étonnement!

Sais-tu que l'amitié, dans cet heureux moment, M'a donné d'un lion la force et la furie?