Fables de Florian
FABLE XVI. Le Danseur de corde et le Balancier.
Vous l'êtes, mon cher fils, oui, vous êtes mon roi,
Dit le chien tout baigné de larmes.
Le voilà donc venu, ce moment plein de charmes, Où, vous rendant enfin tout ce que je vous doi, Je peux vous dévoiler un important mystère! Retournons à la cour, mes travaux sont finis. Cher prince, malgré moi, cependant je gémis, Je pleure, pardonnez, tout l'état trouve un père,
Et moi, je vais perdre mon fils.
FABLE XVI.
Le Danseur de corde et le Balancier.
Sur la corde tendue un jeune voltigeur
Apprenait à danser; et déjà son adresse,
Ses tours de force, de souplesse,
Faisaient venir maint spectateur.
Sur son étroit chemin on le voit qui s'avance, Le balancier en main, l'air libre, le corps droit,
Hardi, léger, autant qu'adroit;
Il s'élève, descend, va, vient, plus haut s'élance,
Retombe, remonte en cadence,
Et, semblable à certains oiseaux
Qui rasent en volant la surface des eaux,
Son pied touche, sans qu'on le voie,
A la corde qui plie et dans l'air le renvoie.
Notre jeune danseur, tout fier de son talent, Dit un jour: A quoi bon ce balancier pesant
Qui me fatigue et m'embarrasse?
Si je dansais sans lui, j'aurais bien plus de grace,
De force et de légéreté.
Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,
Notre étourdi chancelle, étend les bras, et tombe. Il se cassa le nez, et tout le monde en rit.