Fables de Florian
FABLE XVIII. Le Milan et le Pigeon.
A ce discours plein de sagesse,
Le hérisson repart qu'il sera trop heureux
De passer ses jours avec eux.
Alors chaque lapin s'empresse
D'imiter l'honnête doyen
Et de lui faire politesse.
Jusques au soir tout alla bien.
Mais, lorsqu'après souper la troupe réunie Se mit à deviser des affaires du temps,
Le hérisson de ses piquans
Blesse un jeune lapin. Doucement, je vous prie,
Lui dit le père de l'enfant.
Le hérisson, se retournant,
En pique deux, puis trois, et puis un quatrième. On murmure, on se fâche, on l'entoure en grondant. Messieurs, s'écria-t-il, mon regret est extrême; Il faut me le passer, je suis ainsi bâti,
Et je ne puis pas me refondre.
Ma foi, dit le doyen, en ce cas, mon ami,
Tu peux aller te faire tondre.
FABLE XVIII.
Le Milan et le Pigeon.
Un milan plumait un pigeon,
Et lui disait: Méchante bête,
Je te connais, je sais l'aversion
Qu'ont pour moi tes pareils; te voilà ma conquête! Il est des dieux vengeurs. Hélas! je le voudrais, Répondit le pigeon. O comble des forfaits! S'écria le milan, quoi! ton audace impie
Ose douter qu'il soit des dieux?
J'allais te pardonner; mais, pour ce doute affreux,