Fables de Florian

Florian · Chapitre 47 sur 100

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Fables de Florian

FABLE VIII. Les deux Bacheliers.

Le chevreuil emmène la chasse,

Va faire un long circuit, et revient au buisson

Où l'attendait son compagnon,

Qui dans l'instant part à sa place.

Celui-ci fait de même, et, pendant tout le jour, Les deux chevreuils lancés et quittés tour-à-tour

Fatiguent la meute obstinée.

Enfin les chasseurs tout honteux

Prennent le bon parti de retourner chez eux.

Déjà la retraite est sonnée,

Et les chevreuils rejoints. Le lièvre palpitant S'approche, et leur raconte, en les félicitant, Que ses nombreux amis, dans ce péril extrême, L'avaient abandonné. Je n'en suis pas surpris, Répond un des chevreuils: à quoi bon tant d'amis?

Un seul suffit quand il nous aime.

 

FABLE VIII.

Les deux Bacheliers.

Deux jeunes bacheliers logés chez un docteur

Y travaillaient avec ardeur

A se mettre en état de prendre leurs licences. Là, du matin au soir, en public disputant,

Prouvant, divisant, ergotant

Sur la nature et ses substances,

L'infini, le fini, l'ame, la volonté,

Les sens, le libre arbitre et la nécessité;

Ils en étaient bientôt à ne plus se comprendre: Même par là souvent l'on dit qu'ils commençaient;

Mais c'est alors qu'ils se poussaient

Les plus beaux argumens; qui venait les entendre

Bouche béante demeurait, Et leur professeur même en extase admirait. Une nuit qu'ils dormaient dans le grenier du maître Sur un grabat commun, voilà mes jeunes gens