Fables de Florian
FABLE XXI. * Le Roi de Perse.
La patte en l'air et sur le dos,
Ne bougeant non plus qu'une souche.
Sa patte ressemblait à l'épi le plus gros;
L'oiseau s'y méprenait, il approchait sans crainte, Venait pour becqueter, de l'autre patte: Crac!
Voilà mon oiseau dans le sac.
Il en prit vingt par cette feinte.
Un moineau s'apperçoit du piége scélérat,
Et prudemment fuit la machine;
Mais dès ce jour il s'imagine
Que chaque épi de grain était patte de chat.
Au fond de son trou solitaire
Il se retire, et plus n'en sort,
Supporte la faim, la misère,
Et meurt pour éviter la mort.
FABLE XXI.
* Le Roi de Perse.
Un roi de Perse certain jour
Chassait avec toute sa cour;
Il eut soif, et dans cette plaine
On ne trouvait point de fontaine.
Près de là seulement était un grand jardin Rempli de beaux cédrats, d'oranges, de raisin:
A Dieu ne plaise que j'en mange:
Dit le roi, ce jardin courrait trop de danger; Si je me permettais d'y cueillir une orange, Mes visirs aussitôt mangeraient le verger.