Fables de Florian

Florian · Chapitre 17 sur 100

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Fables de Florian

FABLE XIX. Le Rossignol et le Prince.

FABLE XIX.

Le Rossignol et le Prince.

Un jeune prince, avec son gouverneur,

Se promenait dans un bocage,

Et s'ennuyait suivant l'usage;

C'est le profit de la grandeur.

Un rossignol chantait sous le feuillage:

Le prince l'apperçoit, et le trouve charmant; Et, comme il était prince, il veut dans le moment

L'attraper et le mettre en cage.

Mais pour le prendre il fait du bruit,

Et l'oiseau fuit.

Pourquoi donc, dit alors son altesse en colère,

Le plus aimable des oiseaux

Se tient-il dans les bois, farouche et solitaire, Tandis que mon palais est rempli de moineaux? C'est, lui dit le mentor, afin de vous instruire

De ce qu'un jour vous devez éprouver:

Les sots savent tous se produire;

Le mérite se cache, il faut l'aller trouver.

 

FABLE XX.

L'Aveugle et le Paralytique.

Aidons-nous mutuellement,

La charge des malheurs en sera plus légère;

Le bien que l'on fait à son frère

Pour le mal que l'on souffre est un soulagement. Confucius l'a dit; suivons tous sa doctrine: Pour la persuader aux peuples de la Chine,

Il leur contait le trait suivant.

Dans une ville de l'Asie

Il existait deux malheureux,

L'un perclus, l'autre aveugle, et pauvres tous les deux. Ils demandaient au ciel de terminer leur vie:

Mais leurs cris étaient superflus,

Ils ne pouvaient mourir. Notre paralytique, Couché sur un grabat dans la place publique, Souffrait sans être plaint; il en souffrait bien plus.

L'aveugle, à qui tout pouvait nuire,

Était sans guide, sans soutien,

Sans avoir même un pauvre chien

Pour l'aimer et pour le conduire.

Un certain jour il arriva

Que l'aveugle à tâtons, au détour d'une rue,

Près du malade se trouva;

Il entendit ses cris, son ame en fut émue.

Il n'est tels que les malheureux

Pour se plaindre les uns les autres.

J'ai mes maux, lui dit-il, et vous avez les vôtres: Unissons-les, mon frère; ils seront moins affreux. Hélas! dit le perclus, vous ignorez, mon frère,

Que je ne puis faire un seul pas;

Vous-même vous n'y voyez pas:

A quoi nous servirait d'unir notre misère?

A quoi? répond l'aveugle, écoutez: à nous deux Nous possédons le bien à chacun nécessaire;

J'ai des jambes, et vous des yeux:

Moi, je vais vous porter; vous, vous serez mon guide: Vos yeux dirigeront mes pas mal assurés, Mes jambes à leur tour iront où vous voudrez: Ainsi, sans que jamais notre amitié décide Qui de nous deux remplit le plus utile emploi, Je marcherai pour vous, vous y verrez pour moi.