Fables de Florian

Florian · Chapitre 89 sur 100

Pages du PDF

Fables de Florian

FABLE XI. Le Crocodile et l'Esturgeon.

L'interroger, comme sa sœur,

Sur son mari, sur son bonheur.

Oh! répond celle-ci, dans mon petit ménage,

Le travail, l'amour, la santé,

Tout va fort bien, en vérité;

Nous ne pouvons suffire à la vente, à l'ouvrage: Notre unique desir serait que le soleil

Nous montrât plus souvent son visage vermeil

Pour sécher notre poterie.

Vous, pontife du dieu de l'air,

Obtenez-nous cela, mon père, je vous prie;

Parlez pour nous à Jupiter.

—Très-volontiers, ma chère amie:

Mais je ne sais comment accorder mes enfans;

Tu me demandes du beau temps,

Et ta sœur a besoin de pluie.

Ma foi, je me tairai, de peur d'être en défaut. Jupiter mieux que nous sait bien ce qu'il nous faut; Prétendre le guider serait folie extrême:

Sachons prendre le temps comme il veut l'envoyer. L'homme est plus cher aux dieux qu'il ne l'est à lui-même;

Se soumettre, c'est les prier.

 

FABLE XI.

Le Crocodile et l'Esturgeon.

Sur la rive du Nil un jour deux beaux enfans

S'amusaient à faire sur l'onde,

Avec des cailloux plats, ronds, légers et tranchans,

Les plus beaux ricochets du monde.

Un crocodile affreux arrive entre deux eaux, S'élance tout-à-coup, happe l'un des marmots, Qui crie, et disparaît dans sa gueule profonde. L'autre fuit, en pleurant son pauvre compagnon.