Fables de Florian
FABLE XII. Les Enfans et les Perdreaux.
Et le dervis à jeun voyait d'un œil d'envie
Ce faucon qui venait toujours
Nourrir sa pupille chérie.
Tout-à-coup il l'entend lui tenir ce discours:
Tant que vous n'avez pu, ma mie,
Pourvoir vous-même à vos besoins,
De vous j'ai pris de tendres soins;
A présent que vous voilà grande,
Je ne reviendrai plus. Alla nous recommande
Les faibles et les malheureux;
Mais être faible, ou paresseux,
C'est une grande différence.
Nous ne recevons l'existence
Qu'afin de travailler pour nous ou pour autrui. De ce devoir sacré quiconque se dispense
Est puni de la providence
Par le besoin ou par l'ennui.
Le faucon dit et part. Touché de ce langage, Le dervis converti reconnaît son erreur,
Et, gagnant le premier village,
Se fait valet de laboureur.
FABLE XII.
Les Enfans et les Perdreaux.
Deux enfans d'un fermier, gentils, espiègles, beaux,
Mais un peu gâtés par leur père,
Cherchant des nids dans leur enclos,
Trouvèrent de petits perdreaux
Qui voletaient après leur mère.
Vous jugez de leur joie, et comment mes bambins
A la troupe qui s'éparpille
Vont par-tout couper les chemins,