Fables de Florian

Florian · Chapitre 74 sur 100

Pages du PDF

Fables de Florian

FABLE XV. Le Philosophe et le Chat-huant.

Tombent l'un sur l'autre à la fois.

Les faunes, les sylvains, désertent les bocages; Les dryades en pleurs regrettent leurs ombrages;

Et le dieu Pan, dans sa fureur,

Instruit que le jeu seul a causé ces ravages, S'en prend à la Fortune: O mère du malheur,

Dit-il, infernale furie,

Tu troubles à la fois les mortels et les dieux, Tu te plais dans le mal, et ta rage ennemie...

Il parlait, lorsque dans ces lieux

Tout-à-coup paraît la déesse.

Calme, dit-elle à Pan, le chagrin qui te presse;

Je n'ai point causé tes malheurs:

Même aux jeux de hasard, avec certains joueurs,

Je ne fais rien.—Qui donc fait tout?—L'adresse.

 

FABLE XV.

Le Philosophe et le Chat-huant.

Persécuté, proscrit, chassé de son asile,

Pour avoir appelé les choses par leur nom, Un pauvre philosophe errait de ville en ville, Emportant avec lui tous ses biens, sa raison. Un jour qu'il méditait sur le fruit de ses veilles, C'était dans un grand bois, il voit un chat-huant

Entouré de geais, de corneilles,

Qui le harcelaient en criant:

C'est un coquin, c'est un impie,

Un ennemi de la patrie;

Il faut le plumer vif: oui, oui, plumons, plumons,

Ensuite nous le jugerons.

Et tous fondaient sur lui; la malheureuse bête, Tournant et retournant sa bonne et grosse tête, Leur disait, mais en vain, d'excellentes raisons. Touché de son malheur, car la philosophie