Fables de Florian
FABLE XXII. Le Linot.
FABLE XXII.
Le Linot.
Une linotte avait un fils
Qu'elle adorait selon l'usage;
C'était l'unique fruit du plus doux mariage, Et le plus beau linot qui fût dans le pays.
Sa mère en était folle, et tous les témoignages Que peuvent inventer la tendresse et l'amour Étaient pour cet enfant épuisés chaque jour. Notre jeune linot, fier de ces avantages,
Se croyait un phénix, prenait l'air suffisant,
Tranchait du petit important
Avec les oiseaux de son âge:
Persiflait la mésange ou bien le roitelet,
Donnait à chacun son paquet,
Et se faisait haïr de tout le voisinage.
Sa mère lui disait: Mon cher fils, soit plus sage, Plus modeste sur-tout. Hélas! je conçois bien Les dons, les qualités, qui furent ton partage;
Mais feignons de n'en savoir rien,
Pour qu'on les aime davantage.
A tout cela notre linot
Répondait par quelque bon mot;
La mère en gémissait dans le fond de son ame.
Un vieux merle, ami de la dame,
Lui dit: Laissez aller votre fils au grand bois,
Je vous réponds qu'avant un mois
Il sera sans défauts. Vous jugez des alarmes De la mère, qui pleure et frémit du danger; Mais le jeune linot brûlait de voyager,
Il partit donc malgré les larmes.
A peine est-il dans la forêt,
Que notre petit personnage
Du pivert entend le ramage,
Et se moque de son fausset.
Le pivert, qui prit mal cette plaisanterie,
Vient à bons coups de bec plumer le persifleur;
Et, deux jours après, une pie
Le dégoûte à jamais du métier de railleur.
Il lui restait encor la vanité secrète
De se croire excellent chanteur;
Le rossignol et la fauvette
Le guérirent de son erreur.
Bref, il retourna, chez sa mère,
Doux, poli, modeste et charmant.
Ainsi l'adversité fit, dans un seul moment,
Ce que tant de leçons n'avaient jamais pu faire.
FIN DU LIVRE SECOND.