Fables de Florian
FABLE X. L'Avare et son Fils.
Le rouge-gorge et le tarin.
Tous les autres oiseaux derrière eux se perchèrent. Deux vieux chardonnerets et deux jeunes pinsons Furent gardes du camp; le merle était trompette, Il donne le signal. Aussitôt la fauvette
Fait entendre les plus doux sons;
Avec adresse elle varie
De ses accens filés la touchante harmonie, Et ravit tous les cœurs par ses tendres chansons. L'assemblée applaudit. Bientôt on fait silence;
Alors le rossignol commence:
Trois accords purs, égaux, brillans,
Que termine une juste et parfaite cadence,
Sont le prélude de ses chants;
Ensuite son gosier flexible,
Parcourant sans effort tous les tons de sa voix, Tantôt vif et pressé, tantôt lent et sensible,
Étonne et ravit à la fois.
Les juges cependant demeuraient en balance. Le linot, le serin, de la fauvette amis,
Ne voulaient point donner de prix:
Les autres disputaient. L'assemblée en silence
Écoutait leurs doctes avis,
Lorsqu'un geai s'écria: Victoire à la fauvette!
Ce mot décida sa défaite:
Pour le rossignol aussitôt
L'aréopage ailé tout d'une voix s'explique.
Ainsi le suffrage d'un sot
Fait plus de mal que sa critique.
FABLE X.
L'Avare et son Fils.