La danse du mal

Michel Benoît · Annexe

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La danse du mal

Dédicace

© Éditions Albin Michel, 2017

ISBN : 978-2-226-42284-2

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À la mémoire des hommes et des

femmes

humiliés, torturés, massacrés

au nom d’un Dieu.

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L’enfant étendit le bras devant son visage, ouvrit sa main pour s’abriter de la lumière et cligna des yeux : derrière la ligne des montagnes le soleil se levait, dans une heure on ne le distinguerait plus du ciel en fusion. Le désert syrien serait une fournaise telle qu’il faudrait rentrer, se réfugier dans la fraîcheur de la maison.

Une heure, pour la courte promenade autorisée le jour du shabbat.

Il sortit du village et s’arrêta net. Là-bas, au-dessus de la décharge, un vol de vautours décrivait des cercles avant de s’abattre. Jamais on ne jetait des charognes si près des habitations, ici les villageois respectaient strictement les règles de pureté, plus que partout ailleurs en Syrie. Il courut vers les vautours en criant : à grands coups d’ailes, ils s’envolèrent.

Parvenu auprès du tas de gravats entassés là depuis toujours, il s’arrêta. Au sommet quelque chose était posé, une forme allongée sur des habits maculés de taches sombres. Il escalada les détritus : deux pieds nus pointaient vers lui, prolongés par un corps humain mutilé, coupé en deux dans le sens de la longueur.

L’enfant s’écarta vers la droite pour échapper à ces pieds sanglants qui semblaient le désigner, lui. Paralysé d’horreur il remarqua les bras du cadavre, largement écartés. Dans la paume de la main gauche tournée vers le ciel, il aperçut un petit cylindre brillant. Il se baissait pour le ramasser quand il vit le visage, un ovale rougeâtre, informe et luisant, dont émergeaient seulement deux yeux globuleux qui fixaient le ciel. Il cessa de respirer, se mordit le poing pour ne pas crier, tourna le dos et dévala la pente en trébuchant.

Le souffle coupé, tenant sa djellaba relevée des deux mains il courait, courait.

Enfin il put aspirer une goulée d’air, s’arrêta sans se retourner et poussa un grand cri :

– Amma, amma ! Maman, maman !

Quand il atteignit les premières maisons du village, dans le désert redevenu silencieux les vautours reprirent leur ronde et se posèrent sur la forme sanguinolente.

De son bec crochu, l’un d’eux attaqua la main gauche du cadavre.

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