La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 35 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 33

 

 

Il se réveilla avec l’aube, sortit des sacoches une canette de Coca-Cola et une mallette qu’il ouvrit avec précaution. Elle contenait un micro-ordinateur avec liaison satellitaire modifiée à sa demande. En tournant un bouton, il pouvait basculer de l’émetteur-récepteur principal sur un émetteur annexe doté d’un logiciel de cryptage performant. Les Légionnaires du Christ ne disposaient pas des finances illimitées du Vatican, mais ils avaient des cerveaux à leur service dans toute l’Europe et savaient les utiliser.

Pendant que la machine se mettait en route il dégusta son Coca par petites gorgées. Le Syrien préparait un filet pour intercepter Nil ? Eh bien lui, il avait le sien. Quatre hommes qui seraient plus efficaces que ces fanatiques, parce qu’ils avaient été formés par une idéologie dénuée du fatras religieux dont ces derniers s’encombraient.

L’ordinateur clignota. Il passa sur l’émetteur annexe, pianota un bref message sur l’écran tactile. Son correspondant était doté du même matériel, il fallait quelques secondes pour que le récepteur décode le message crypté à la source. Il sourit en attendant la réponse : voilà un échange que Monsignore, avec son armoire secrète, ne pourrait pas intercepter.

La réponse lui parvint : ils étaient là, et l’attendaient.

Pas plus que lui, leur ombre ne les accompagnerait dans le désert.

Il repassa sur l’émetteur principal, pianota un second message pour Monsignore. Oui il avait localisé Nil, oui il le suivait, il se dirigeait vers la frontière syrienne. Il n’en disait pas plus, l’évêque devait être convaincu qu’il resterait sagement au Liban pour choper le Français à son retour, au cas où.

Il referma la mallette et ajusta ses jumelles : la Mercedes s’engageait sur la piste qui menait droit vers une plaine aride parsemée de bosquets d’arbres, traversée par la frontière syrienne invisible. Tout au fond, une chaîne de montagnes parallèle à l’Anti-Liban barrait l’horizon.

 

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Instinctivement Nil avait dormi loin de Sarà, de l’autre côté du feu. À son réveil il téléphona à Anselm pour l’avertir qu’ils allaient passer la frontière et n’obtint de lui que quelques phrases laconiques conclues par un avertissement :

– Méfie-toi des hommes, mon ami…

Sarà avala son thé sans lui adresser la parole. Regrettait-elle ses timides confidences de la veille ?

Une fois engagé dans la plaine Gaby coupa le moteur, grimpa sur les basses branches d’un arbre et demeura immobile face à l’horizon, les narines frémissantes. Toujours silencieuse, Sarà était restée à l’intérieur de la Mercedes. Quand le chauffeur revint s’asseoir au volant, la fente étroite de ses yeux brillait. Il se tourna vers ses passagers.

– Gabriel chassait déjà par ici avec son père quand il était plus petit que son fusil, dit-il avec un sourire malicieux. Il connaît chaque dune, chaque buisson, il sait où les bergers passent et où ils ne vont pas à cause des serpents. Là-bas en face, il y a des hommes qui ne savent pas, ils ne sont pas d’ici. Ils ne prennent aucune précaution parce qu’ils ont le soleil dans le dos, et qu’ils croient que Gabriel est ébloui par son éclat. Mais le vieux sait voir, et il sait comment ne pas être vu. Tenez-vous bien, avec sa vieille voiture il va leur donner une petite leçon, à ces jeunes.

Quittant la piste, il s’engagea au milieu du bush et commença à se faufiler entre les dunes.

Carl poussa un juron. Dans ses jumelles, la Mercedes avait viré brusquement à gauche et s’enfonçait dans la plaine qui descendait en pente douce. Très vite il la perdit de vue : le chauffeur choisissait sans doute des passages couverts d’herbe rase, car il ne soulevait aucun nuage de poussière. Il salua mentalement son savoir-faire, et décida d’attendre des nouvelles de ses hommes sans quitter sa planque.

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