La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 67 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 65

 

Assis à son bureau de la tour d’angle du cloître qu’envahissait l’ombre, Anselm reposa le portable d’une main lasse. Attendrait-il le retour de Nil ? D’après lui, une espèce d’aventurier qui se disait chrétien lui avait sauvé la vie, le ramenait à Beyrouth.

Et après ?

Trop tard, c’était trop tard. Il jeta sur sa chambre un regard circulaire : les livres, les photocopies de manuscrits anciens, les partitions musicales, tout ce qui lui avait tenu lieu d’univers… tout cela n’avait plus aucun sens. Désormais il était seul, et le resterait peut-être jusqu’au bout. Seul devant le néant ?

Il se leva, prit sa flûte sur le pupitre. Quand la musique s’en échappait pour planer au-dessus du cloître, s’enrouler autour de ses arcades, elle réhabilitait les hommes en proie au Mal, elle réhabilitait Dieu qui l’avait rendu possible. Il n’avait pas besoin de partition pour jouer la première sonate de Bach, elle avait toujours chanté dans sa tête avant de sortir de l’instrument. Il contourna le pupitre, se plaça devant le mur, dos tourné à la fenêtre. Ferma les yeux, inclina la tête, porta la flûte à ses lèvres…

Trop tard, c’était trop tard. La musique était morte en lui.

Il ouvrit les yeux, se retourna. Lentement, il s’approcha du bureau. Resta là, hésitant pendant un long moment. Saisit enfin d’une main ferme chaque extrémité de la flûte. Elle cassa tout de suite, avec un bruit sec, plaintif et bref.

 

Carl et Nil repartirent à l’aube après un petit déjeuner pris sans parler. Plusieurs fois, ils durent se cacher pour laisser passer une voiture suspecte. Nil reconnaissait les lieux traversés avec Gaby et Sarà. Indifférent à tout, il se laissait conduire.

La nuit était tombée quand ils s’engagèrent dans la plaine. Carl s’arrêta, se retourna vers Nil et tendit le bras vers les immeubles qui scintillaient au loin.

– Beyrouth !

Beyrouth… Irait-il sonner à l’immeuble de la rue Nasra ? Annoncer à un vieil homme malade qu’il ne connaissait pas que son fils était mort, que sa fille avait été enlevée par des terroristes, qu’il l’avait abandonnée derrière lui ? Qu’il ne savait ni ce qu’elle était devenue ni ce qu’elle allait devenir ?

Il tapa sur l’épaule de Carl, qui remit les gaz.

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