La danse du mal
Chapitre 63
Moktar était déchaîné, le campement sens dessus dessous. Deux de ses hommes avaient été tués, deux autres blessés. La plupart dormaient quand un commando expérimenté avait attaqué le camp, quatre hommes qui avaient tenu les siens en respect pendant qu’un cinquième enlevait Nil sous leur nez. Il appela Brahim.
– Tu es le dernier à avoir vu le Français, il était toujours ligoté ?
– Toujours, chef. On les poursuit ?
Pendant le coup de main, l’imam était resté caché dans une tente. Moktar le regarda avec dédain.
– On ne les retrouvera pas. Mais je jure – il leva une main tendue vers le ciel –, je jure devant Allah que ce moine n’échappera pas à sa colère. Et la fille ?
– Elle dort, chef.
La tête rentrée dans les épaules, Moktar se dirigea vers la tente où ses hommes avaient déposé Sarà. Il allait la réveiller, elle paierait pour le moine, pour son ravisseur, pour Monsignore, pour tous.
Elle était couchée sur le côté à même le sol, ses cheveux répandus autour de sa tête comme une auréole. Entravées derrière son dos, ses mains étaient recroquevillées, violacées, les doigts gonflés. Moktar était sensible au courage et s’arrêta un instant, surpris par le spectacle d’une femme capable de dormir au milieu de tels dangers. Malgré ses yeux cernés et son teint blafard, elle était très belle. D’un coup de pied il la retourna sur le dos : les poignets brusquement comprimés par son bassin, elle poussa un gémissement de douleur, ouvrit les yeux. Moktar ne décela aucun signe de terreur sur son visage, juste une interrogation muette.
– Où est Nil ? dit-elle d’une voix enrouée.
– Il en avait assez de toi, il est parti en te laissant seule ici.
– Qu’allez-vous faire de moi ?
Monsignore avait pris soin de lui dire ce qu’il savait de la naissance de Sarà. Une colère venue d’ailleurs, de siècles de haine accumulée, submergea Moktar comme une tornade.
– Juive ! Je vais t’apprendre comment les tiens doivent se soumettre aux fils du Prophète ! En Palestine vous avez spolié un peuple innocent, vous l’avez chassé de ses maisons, parqué dans des camps, détruit ses oliveraies ! Mon grand-père a été tué dans les Balkans, mon père sous mes yeux, l’un comme l’autre quand ils luttaient pour purifier la terre de votre race ! Tu vas payer pour eux, tu vas payer pour l’infection juive qui ronge la planète.
Il arracha la ceinture de son jean, elle se débattait sans gémir. Celle-là il voulait l’entendre crier de peur et de douleur. Il parvint à écarter ses jambes, s’étendit lourdement sur elle. Les liens labouraient ses poignets, elle cessa de lutter, ses yeux grand ouverts le regardèrent sans ciller.
– Arrête de me regarder comme ça ! Pour toi c’est l’heure de rembourser tous les nôtres, tu passes à la caisse.
Il remonta sa djellaba. Écrasée par le poids de son corps elle ne disait rien, ne bougeait pas.
Quand il s’introduisit en elle, Sarà ferma les yeux et serra les lèvres.
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