La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 75 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 73

 

 

Une voiture s’engagea sur la piste qui traversait le no man’s land et montait vers la forêt. Ses occupants, des moudjahidin du tout jeune État islamique, avaient pour mission de nettoyer la frontière syrienne de part et d’autre. Brusquement, le véhicule s’arrêta : un vol d’oiseaux noirs piaillait au-dessus d’une clairière.

Deux hommes descendirent, avancèrent avec circonspection, le doigt sur la gâchette. À côté des restes d’un feu, sous les branches d’un cèdre majestueux, ils virent le cadavre d’une femme, jeune, ses yeux grand ouverts tournés vers le ciel. Elle avait dû être très belle mais son visage portait des traces de coups et ses poignets étaient tranchés. Deux larges flaques de sang s’en étaient écoulées, imprégnant d’une laque noirâtre le sol couvert d’épines de cèdre.

L’un des hommes se baissa, vit un papier dans l’échancrure du chemisier de la morte, le prit, jeta un coup d’œil dessus et le tendit à son voisin.

– Toi qui sais lire, qu’est-ce qu’il y a d’écrit ?

L’autre déplia la feuille, fronça les sourcils.

– C’est du français.

– Tu as été à l’école des missionnaires, lis donc !

Perchés sur les branches du cèdre, les oiseaux noirs l’observèrent tandis qu’il ânonnait :

Nil,

Le Mal l’a emporté

sur moi comme sur les miens.

J’ai vécu en nazôréenne, je meurs en Juive,

je vis avec toi.

Sarah Steek

– Eh bien, s’impatienta le premier homme, traduis !

– Je ne comprends pas, c’est écrit tout de travers. Je crois que c’est une Juive.

– Alors, elle n’a eu que ce qu’elle méritait. Donne-moi ça.

Il arracha le papier de ses mains, le jeta sur le cadavre, fit signe à son compagnon de remonter dans la voiture.

Quand ils eurent disparu, un des oiseaux quitta sa branche, se posa sur les cheveux soyeux, pencha la tête et aperçut le bout de papier. Il sautilla sur le visage, piqueta de son bec cette chose qui l’intriguait, releva la tête et s’envola dans un grand bruit d’ailes.

Se faufila entre les branches du cèdre et monta haut, très haut dans le ciel.

Les mots de Sarà montaient avec lui, haut, très haut vers les étoiles. À cause de l’éclat du soleil, on ne les voyait pas.

Mais elles étaient là.

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