La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 22 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 21

 

Avec un geste d’agacement, Monsignore plaqua l’écouteur contre son oreille. Quand l’émetteur de Radio Vatican tout proche était à pleine puissance il interférait avec les téléphones portables, on n’y pouvait rien.

– Moktar ? Oui, c’est moi. La session de la FAO 1 se termine ? Parfait, j’ai une affaire urgente pour toi, viens en passant par Porta Angelica.

Moktar al-Qoraysh n’avait rien d’un ange. Son grand-père syrien – un descendant de la tribu du Prophète dont il portait le patronyme – s’était engagé en 1943 dans la division bosniaque SS Handschar créée grâce aux bonnes relations que l’ambassadeur du Reich en Turquie, Franz Von Papen, entretenait avec le grand mufti de Jérusalem. Himmler ayant décrété autrefois que les Yougoslaves descendaient des Goths, Moktar s’était persuadé que par ce grand-père devenu nazi du sang aryen coulait dans ses veines, le prédestinant au djihad.

Le sang ne ment pas.

Toujours à l’affût, Monsignore l’avait repéré à Lampedusa sur la liste d’un des premiers camps de réfugiés, l’avait fait venir à Rome et pistonné pour un poste de consultant à la FAO où sa présence n’était requise qu’aux sessions plénières, deux fois par an. Il le voulait dans sa toile à cause de son parcours, de son fanatisme, mais surtout parce qu’il connaissait les djihadistes qui circulent d’un bout à l’autre du désert, insaisissables comme des scorpions.

Moktar louait à l’année un petit studio près des thermes de Caracalla. Dans sa chambre trônait le fez à tête de mort que portait son grand-père quand les maudits de l’Armée rouge l’avaient abattu dans les Balkans.

Entre les sessions de la FAO, il disparaissait dans les étendues désertiques du Moyen-Orient, traversant les frontières sans être repéré. Ses activités n’étaient pas précisément celles d’un touriste.

Son obsession des femmes lui coûtant cher, ses besoins d’argent n’étaient jamais satisfaits. Monsignore fermait les yeux, et payait. De toute façon ce misérable était promis à un double enfer, celui du Coran et celui de la vraie foi.

Un scorpion… je vais lui offrir une proie où planter son dard.

Note

1. Food and Agriculture Organisation, basée à Rome.

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