La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 43 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 41

 

La lune était maintenant levée. Moktar siffla avec exaspération entre ses dents : ils avaient garé les deux 4×4 tout en haut de la piste, sans prendre la peine de les camoufler. Il sauta de voiture et se dirigea d’un pas rapide vers un amas rocheux qui dominait le désert, offrant un point d’observation parfait.

Quand ils le virent arriver, ses hommes comprirent à ses yeux flamboyants et à sa mâchoire crispée que le temps était à l’orage. Il s’empara sans les saluer d’une paire de jumelles.

– Où sont-ils ?

Il scruta attentivement le désert.

– On ne voit rien. Il faut y aller, s’ils résistent on mitraille.

Ils mirent une heure pour parvenir aux ruines qu’ils encerclèrent, tous phares allumés. Entre les pans de mur solitaires, tout était calme et silencieux. Moktar s’avança et ne vit qu’un renard du désert qui décampa en couinant. Les traits déformés par la colère, il se tourna vers le premier homme à sa portée et abattit la crosse de son arme sur son visage. L’homme tomba sur le sable et plaqua en gémissant une main sur sa pommette ouverte. Il y eut un mouvement de recul général et Moktar rugit :

– Bande d’incapables, vous les avez laissés filer !

Il pointa rageusement le doigt vers la montagne où l’on apercevait distinctement le promontoire rocheux qui leur avait servi d’observatoire.

– Vous n’avez même pas camouflé les voitures, un seul reflet du soleil sur les carrosseries a suffi pour vous faire repérer !

Sans plus s’occuper d’eux et de leurs mines déconfites, il alluma une lampe torche, se pencha sur le sol et commença à l’inspecter minutieusement.

– Là, dit-il en se relevant, les traces de leurs pneus. Ils sont allés vers l’est.

Brahim fut le seul à oser intervenir :

– Faut-il les poursuivre, chef ?

Moktar éteignit sa lampe et réfléchit. Il avait sous-estimé le moine, c’était un rusé. À l’est le désert était vide, où pouvait-il donc aller, en pleine nuit ? Soudain, il eut une inspiration.

– Non, on ne les poursuit pas, ils ont au moins trois heures d’avance sur nous. Je pense qu’ils vont aller vers un village du désert, on va se mettre en chasse pour trouver ce village et les y précéder. Demain matin à l’aube je veux tout le monde prêt à partir, inch’Allah.

Il y eut un murmure d’approbation, Allah était avec eux et les guiderait.

 

Minuit était passé quand Nil et Sarà sentirent que la voiture ralentissait, puis s’arrêtait. À l’intérieur la chaleur était étouffante : restés silencieux pendant tout le trajet, ils sortirent et aspirèrent l’air frais avec bonheur. Ils se trouvaient sur une petite place, délimitée par cinq ou six masures en torchis aux toits couverts de feuilles de palmier. Devant la plus grande se tenait un groupe d’hommes dont les djellabas se détachaient sous la clarté lunaire. L’un d’eux, un vieillard à barbe blanche taillée en pointe, s’avança, ouvrit grand les bras et dit en français :

– Bienvenue à la sœur de notre bien-aimé frère Georges, bienvenue à son compagnon. Venez, nous vous attendions.

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