La danse du mal
Chapitre 82
Il était assis à sa table devant l’icône quand il entendit sur les cailloux du chemin le bruit d’un pas qui approchait. Il sortit, ébloui par la lumière.
Dans le contre-jour se tenait un homme dont il ne distingua pas d’abord les traits. Il le reconnut à son allure, son treillis.
– Carl !
Carl fit un pas en avant.
– Bonjour, frère Nil.
Sa houppe de cheveux blonds avait disparu, il avait rasé son crâne qui luisait au soleil.
– Je suis venu
dit-il simplement, comme une évidence.
Nil s’effaça, le laissa entrer. Ils s’assirent en silence devant la table. Carl sortit de sa poche la blague à tabac, la caressa du bout des doigts à la lumière du feu. Elle était souple, en cuir repoussé, avec de fines stries géométriques.
Il la jeta au creux de l’âtre, la regarda geindre, se contracter, se tordre, se débattre sous la morsure des flammes. Sans la quitter des yeux :
– Frère Nil, est-ce que vous avez pardonné ?
dit-il. Il ajouta, détachant chaque mot :
– Pardonné ceux qui ont détruit Georges, détruit Éliah, détruit Sarà, détruit le parchemin, détruit…
On n’entendait que le crépitement du cuir agonisant dans la flambée. Nil se tourna vers l’icône, la désigna à Carl d’un geste du menton.
Il ne répondit pas, ne dit rien, il souriait.
– Puis-je rester, frère Nil ? Vous me parlerez de votre ami, dit Carl. Le Syrien est à Rome, il vous cherche.
– Vous avez quitté les Légionnaires du Christ
dit Nil simplement, comme une évidence.
– Je ne sais pas. Je ne sais plus, dit Carl.
Nil saisit sa main, elle était glacée. Il la posa doucement sur l’icône.
– Il ne faut pas savoir, Carl, il faut aimer. Restez, dit-il.
Carl laissa sa main reposer sur l’icône.
– Parlez-moi de votre ami
dit-il.
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