La danse du mal
Chapitre 68
Il était minuit quand la moto s’arrêta dans une rue assez large, déserte, devant un immeuble qui ne payait pas de mine. En face, il y avait des commerces aux rideaux baissés.
– Cet appartement est le pied-à-terre des Légionnaires du Christ au Liban, dit Carl en pénétrant au premier étage dans un salon sommairement meublé. Il est situé en banlieue est de Beyrouth, un quartier musulman assez calme. Vous dormirez sur le sofa. Tant que nous ne circulons pas pendant les prières publiques, les voisins nous ignorent. Ne vous montrez pas à la fenêtre.
Déjà Nil ne l’entendait plus : il s’était écroulé sur le sofa et dormait.
Il fut réveillé par le soleil sur son visage. Assis devant la table Carl le regardait, mi-amusé, mi-narquois, une cigarette entre les doigts.
– Quelle heure est-il ? lui demanda Nil.
– Midi passé, vous avez dormi presque douze heures. Ça va mieux ?
– Mon visage et mes poignets me font mal et je me sens groggy.
– C’est le somnifère que je vous ai administré. Attendez-moi ici, je descends acheter de quoi manger.
Nil se dressa d’un bond.
– Et Sarà ? Vous ne pouvez pas la laisser plus longtemps entre leurs mains, il faut la sortir de là !
Carl se leva.
– J’ai encore des hommes au Liban, il faut que je reconstitue mon équipe. Son exfiltration sera plus compliquée que la vôtre, mais je vous promets d’agir rapidement. Faites-moi confiance.
Nil tâta sa ceinture.
– Si vous voulez j’ai des dollars, il faut faire vite, très vite !
Carl le regarda, une lueur ironique dans les yeux. Il était touchant, ce moine sorti de son cloître, inconscient des réalités !
– J’en ai sans doute plus que vous. Les Légionnaires du Christ ne lésinent pas sur les frais, et je leur rends des comptes quand ça me plaît.
– Puis-je téléphoner à Anselm d’une cabine publique ?
– Je vous ai dit qu’il était sur écoute, pas question qu’on sache que vous êtes à Beyrouth. Pour parler avec votre ami, vous attendrez d’être revenu à Rome.
Quand il fut sorti Nil s’approcha de la fenêtre, écarta un rideau avec précaution, regarda la rue. Les commerces étaient ouverts, étalages de fruits et légumes, petits restaurants. La foule allait et venait, des enfants jouaient, des mamans les surveillaient en bavardant. Elles riaient, des fossettes creusaient leurs visages dont l’ovale était souligné par leurs foulards colorés.
Sarà… Le Légionnaire voulait le ramener à Rome : Nil attendrait le moment favorable pour lui signifier son refus de partir sans elle.
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