La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 41 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 39

 

La nuit était tombée quand Gaby s’approcha d’eux en s’essuyant les mains. À nouveau, il ne s’adressa qu’à Sarà :

– Gabriel avait tout prévu, il avait mis dans le coffre ce qu’il faut, si tu veux venir…

Ils contournèrent les ruines et Nil poussa une exclamation. La Mercedes était entièrement recouverte d’une étoffe noire ne laissant apparaître qu’une fente sur le pare-brise avant. Les jantes des roues et les pneus avaient été peinturlurés en noir. Comme un enfant qui découvre ses cadeaux de Noël, Gaby tournait autour en sautillant de joie. Il montra le pare-brise.

– Gabriel n’a besoin que de ça pour voir. On roulera jusqu’au village sans que les gerboises du désert soient averties de notre passage par un reflet de lune sur la voiture. Il faudra seulement avancer très doucement, sans pousser le moteur à cause du bruit. Les chacals ont l’oreille fine et depuis la montagne le vent m’a porté leur odeur, ils sont là-bas.

Sarà le regarda avec inquiétude.

– Alors il ne faut pas rester ici, quand partons-nous ?

Il leva les yeux, scruta le ciel.

– La lune n’est pas encore levée, il faut en profiter.

L’intérieur de la voiture était transformé en chambre noire, Sarà et Nil s’installèrent en tâtonnant. Gaby démarra, passa la seconde et resta à la limite inférieure du régime, s’éloignant de la montagne pour aller vers l’est. Baissant la voix malgré lui, Nil demanda à Sarà :

– Quel est le village où nous allons ?

– C’est celui du vieillard dont je t’ai parlé, l’Ancien qui dirige la communauté nazôréenne du désert. Mon père le connaît depuis toujours, ils ont lutté ensemble pour protéger cette communauté de son environnement hostile. C’est une mémoire vivante, mais aussi un homme très érudit que Georges allait souvent consulter. Tout le monde le vénère et l’appelle Rabbi, comme les Juifs de l’ancien temps.

Nil ne pouvait pas voir son visage, mais elle avait à nouveau sa voix de Beyrouth.

– Gaby semble t’être très dévoué !

Il l’entendit rire.

– Hier il m’a vue pleurer en face de toi, il croit que tu as été méchant avec moi. Quand je suis arrivée dans la famille Jarweh, il m’a prise sous sa protection et se ferait tuer pour ne pas qu’on me fasse de mal.

La voiture avançait sans heurts. Dans l’obscurité, la cuisse de Sarà touchait celle de Nil. Il ne fit pas un geste pour s’en écarter.

 

Moktar al-Qoraysh était sur le point d’atteindre les sommets de la jouissance quand son talkie-walkie sonna. En jurant il repoussa brutalement la fille, tâtonna sur le plancher pour prendre l’appareil, le porta à son oreille et aboya :

– Oui ?

La voix était faible, mais il la reconnut.

– C’est Brahim, chef, j’ai pris une voiture pour me rapprocher d’un endroit où le talkie passe. La lune n’est pas encore levée mais depuis notre observatoire on a entendu un bruit de moteur qui venait du désert, dans la direction de leur planque.

– Vous n’avez rien vu ?

– Rien, chef.

– J’arrive.

L’assouvissement de ses pulsions sexuelles n’éteignait jamais la violence qui bouillonnait en lui. D’un geste impérieux il fit signe à la fille de ramasser ses affaires et de déguerpir.

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