La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 83 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 81

 

 

L’ermitage était un morceau de la montagne, le ciel s’enroulait autour de lui comme une écharpe complice. Chaque soir, la lumière virait au bleu sombre et les étoiles apparaissaient l’une après l’autre. Alors, Nil aimait sortir sur le pas de la porte, se perdre en elles. Il entendait la voix de Sarà : « Maintenant, pour moi ce sont des êtres vivants qui m’indiquent la direction de l’infini, peut-être même de Dieu. »

Quand la nuit tirait à sa fin, il ravivait le feu et sortait encore. Devant le seuil un oiseau gris et roux, toujours le même, hochait la tête en le voyant et s’envolait dans un frouissement d’ailes.

Nil respirait le parfum puissant des genévriers qui annonce l’aube.

Les jours passaient, immobiles. Parfois, il entendait au loin les clochettes d’un troupeau, sans jamais le voir. L’eau était fraîche à la source.

Autrefois il s’était demandé : L’amour existe-t-il, hors la littérature ? Sarà, rayonnante et obscure… l’avait-il aimée, avait-il offensé un Dieu sans partage ? Aujourd’hui si près du ciel, il ne se mentirait plus : oui, il avait trahi son vœu de chasteté, il avait aimé Sarà. Ce qu’il avait éprouvé pour elle, ce qui l’avait investi tout entier, c’était bien de l’amour. En sa présence il avait eu peur d’aimer – et plus encore peut-être, peur d’être aimé par elle.

Sarà était morte. Il n’avait plus rien, n’était plus rien.

Sur la natte de l’oratoire il plia son corps pour le rompre afin qu’il s’abandonne peu à peu. Qui était-il, pour aller parler à Anselm de réconciliation avec soi-même ? Comme lui, il n’était qu’un vagabond de l’âme, écartelé entre deux désirs. Nil quémandait la rémission de son passé, l’oubli de la mémoire du cœur.

Un matin, il s’aperçut qu’il n’avait plus devant ses yeux que le ciel, la pierre, la lumière qui tournait.

Et l’icône, étrangement identique à celle qu’il avait contemplée au-dessus du fauteuil du Rabbi. Autre et pourtant toute semblable, ce n’était pas une copie. C’était le lumineux visage d’un homme dont personne n’avait dressé le portrait de son vivant. Énigmatique, son regard dénudait Nil, semblait le juger et en même temps l’accueillir : « Je suis avec toi, mais ton chemin sera long. »

Peu à peu commençait à sourdre une voix discrète qui ne parlait pas à paroles d’homme. Une transformation profonde s’opérait en lui : la réconciliation ne viendrait pas d’ailleurs, mais de Celui-là seul qui en avait le pouvoir.

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