La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 19 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 18

 

De l’autre côté de la piste, un touriste dissimulé au milieu des buissons de lauriers-roses l’observait attentivement, la houppe au sommet de son crâne cachée par le feuillage. Quand il vit Nil remonter vers Sant’Anselmo, tête penchée en avant comme s’il était entraîné par son poids, il esquissa une moue. Dangereux, ce type-là ? Il a l’air totalement inoffensif !

Son téléphone sonna dans sa poche. C’était Monsignore, sa voix était impérieuse :

– Carl, venez me voir, immédiatement. Présentez-vous Porta Angelica, on vous conduira dans mon bureau.

Il se faufila hors du buisson où il venait de passer un long moment, et se trouva nez à nez avec un charmant jeune homme au sourire engageant qui lui fit l’un de ces gestes qu’on comprend dans toutes les langues. Furieux, il l’envoya promener.

En face, Nil avait disparu. Carl prit le chemin du Vatican.

 

Il fut accueilli par un Monsignore plein de prévenances qui l’introduisit dans un petit salon tendu de gris, le fit asseoir dans un fauteuil et lui dit d’attendre. Pendant les heures qui suivirent, quatre personnes se succédèrent l’une après l’autre devant lui. Quatre jeunes hommes qui restèrent debout, et parlèrent. Il les écouta les yeux dans les yeux, leur posa des questions, les écouta encore.

Quand le quatrième sortit du salon, il emportait avec lui la vie de Carl.

Il ne se leva pas en entendant Monsignore entrer. Le prélat jeta un coup d’œil sur la forme humaine prostrée dans le fauteuil, fit semblant de ne pas remarquer son visage défait et lui tendit une enveloppe.

– Voici un billet d’avion pour Beyrouth. Vous partez demain matin, le frère Nil sera dans le même vol que vous. Une fois arrivé au Liban, je suis persuadé qu’il ira en Syrie et il est possible qu’il en rapporte un document d’une importance capitale. Vous devrez vous emparer de ce document – par n’importe quel moyen, vous m’entendez ?

Carl se leva, saisit l’enveloppe sans regarder Monsignore, sortit du salon en coup de vent, dévala les escaliers. Cet homme est un démon !

Comme un somnambule, il traversa la place Saint-Pierre déserte. Oui, il irait à Beyrouth, il suivrait le moine français, il lui reprendrait ce document et le rapporterait à Rome. Mais à quoi bon, désormais ? Après ce qu’il venait d’entendre, rien n’avait plus de sens.

« Par n’importe quel moyen », avait dit Monsignore. Mais pour qui me prend-il ?

Jusqu’à la fin de la nuit, il erra dans les rues désertes de Rome comme un corps sans âme. À l’aube, il prit un bus pour l’aéroport de Fiumicino.

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