La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 23 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 22

 

La descente de l’avion réveilla brusquement Nil. Qu’est-ce que je fais ici ? Il releva l’opercule du hublot et vit une forêt de gratte-ciel : Beyrouth, déjà ! Tout lui revint alors en bloc, Georges disparu, Sarà, Anselm et son désespoir. Ce n’était pas le moment de philosopher, l’avion décrivait une large courbe au-dessus de la ville. Nil se demanda comment elle avait pu se reconstruire si vite après tant d’années de guerre, faisant entre autres la fortune des Jarweh.

Il sortit sans un regard pour les passagers qui récupéraient derrière lui leurs affaires dans les casiers. Sur le tarmac de l’aéroport Rafic-Hariri, l’air était chaud et sec malgré la proximité de la mer. Nil eut l’impression qu’un vent rêche raclait sa peau – comme il était loin le Val-de-Loire !

Le douanier tamponna son passeport sans même le regarder. N’ayant pas de bagage en soute Nil se trouva propulsé dans l’immense hall luxueux, hésita un instant, se dirigea vers le comptoir de Midwest Airlines où une hôtesse lui décocha un sourire parfaitement commercial.

– Que puis-je pour vous ?

– Euh… savez-vous où habite la famille Jarweh ? Ils vivent à Beyrouth et ont dû voyager sur vos lignes.

L’hôtesse jaugea ce passager mal vêtu et perdit d’un coup toute son amabilité.

– Monsieur, nous ne communiquons jamais les noms et les adresses de nos clients. Consultez un annuaire, ils sont là-bas.

D’un doigt méprisant elle lui désignait une console de l’autre côté du hall. Nil traversa, ouvrit un annuaire : c’était de l’arabe. Dépité, il restait bras ballants quand le conseil d’Anselm lui revint en mémoire. Il traversa à nouveau, se dirigea vers la sortie et dit au premier chauffeur qui venait vers lui avec empressement, sa casquette à la main :

– Conduisez-moi euh… à l’hôtel Méridien.

Il y avait sûrement un Méridien à Beyrouth.

Adossé à un pilier, Carl plia soigneusement le Frankfurter Allgemeine et fit signe à un taxi officiel reconnaissable à sa couleur verte. Il avait tout entendu et s’amusait franchement. Non mais quel tocard ! Faire savoir à tout l’aéroport qu’il cherche les Jarweh, avant de monter dans une limousine privée aux ordres de la police ! Pourquoi pas téléphoner au bureau du Hezbollah !

Il était touchant de naïveté, ce petit moine. Frais comme s’il venait de naître, il aurait fait une bonne recrue pour les Légionnaires du Christ. Carl commençait à éprouver pour lui une espèce de sympathie.

 

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Anselm avait raison. Accueilli sèchement par le portier du Méridien, Nil le vit devenir aimable au premier billet vert et retrouver la mémoire au second :

– Mais oui, bien sûr, c’est dans le quartier chrétien, rue Nasra. Je vais donner l’adresse à votre chauffeur.

En entendant le nom de la rue, le chauffeur cessa de sourire. Sans un mot il conduisit Nil jusqu’au pied d’un immeuble neuf, se retourna et lui montra quatre doigts. Quarante dollars ! Qu’est-ce que ça serait, pensa Nil en payant, s’il m’avait fait la conversation !

L’allée du jardin menait à une porte munie d’un interphone. Nil appuya sur le bouton, entendit un grésillement et une voix masculine :

– Yes ?

– Je voudrais voir Mlle Sarà Jarweh.

Un silence, puis la voix dit en français, avec un fort accent :

– Qui êtes-vous ?

Nil poussa un soupir de soulagement, c’était bien l’immeuble des Jarweh, apparemment Sarà était là.

– Dites-lui… le frère Nil.

Le grésillement cessa. Après un moment qui lui parut interminable, Nil l’entendit à nouveau :

– Prenez l’ascenseur. Dernier étage, huitième.

L’ascenseur était étroit et très lent. Quand il s’arrêta, ses portes s’ouvrirent d’elles-mêmes : elles donnaient directement sur l’intérieur d’un appartement.

Nil fit un pas en avant. Dans l’embrasure d’un salon, Sarà était là.

Devant lui.

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