La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 20 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 19

 

Monsignore aligna méticuleusement devant lui ses téléphones portables, les pattes d’araignée par lesquelles il percevait les vibrations de sa toile.

Il était satisfait. Hier l’ordinateur avait intercepté la réservation faite par Anselm : Nil faisait exactement ce qu’il espérait, aller à Beyrouth. Monsignore avait été l’un des premiers à prendre connaissance des travaux d’Erwin et Frankenberg sur le Coran et sa préhistoire. Quand il avait appris la découverte du rouleau grâce à l’infirmier du vieux Jarweh, il avait compris que ce parchemin miraculeux serait entre ses mains une arme dévastatrice contre les musulmans. Une arme dont il devait s’emparer coûte que coûte.

Déstabiliser l’islam, étaler aux yeux du monde entier l’imposture du Coran, le rêve de tout maître en géopolitique ! Ce maître, c’était lui. En alertant Nil sur la disparition de Georges, il avait provoqué l’appel au secours de la fille. Sans même qu’il s’en doute, elle entraînerait le Français où lui, il voulait qu’il aille. Aux innocents les mains pleines, réussirait-il à retrouver le rouleau de Sanaa ? Cette fois, l’Église catholique n’avait pas droit à l’échec.

En tout cas, la thèse de Nil montrait qu’il avait parfaitement identifié le lien qui relie entre eux le judaïsme, le christianisme, l’islam – Et pas seulement eux, songeait à part lui Monsignore. Le messianisme, le ressort caché, la clé du pouvoir mondial ! Les preuves de la façon dont il s’était introduit en Occident pour le dominer étaient peu nombreuses, il fallait qu’il détienne celle-là.

Il saurait s’en servir.

Cette nuit, après les entrevues qu’il lui avait imposées, Carl s’était comme enfui du petit salon gris. Son visage portait la marque du désespoir, c’est ce qu’il fallait pour le tenir bien en main.

Monsignore se leva, contourna le bureau, alla vers la paroi lambrissée qui ornait le mur d’en face et appuya sur une moulure. Le panneau coulissa avec un chuintement, laissant apparaître trois étagères. Sur la première, l’ordinateur était allumé en permanence. Extrêmement puissant, il était doté des programmes nécessaires à la collecte du renseignement. Sur la deuxième était disposé un matériel de transmission satellitaire perfectionné. La dernière étagère, beaucoup moins encombrée, contenait son trésor le plus précieux : des disques durs sur lesquels étaient sauvegardés les milliers de dossiers qui n’épargnaient personne, garantissant son efficacité – et sa propre sécurité.

Il jeta un coup d’œil à sa montre : l’avion du Français venait de décoller, un chien de chasse à son bord, la queue basse. Il suivrait Nil à la trace. Quant à la fille… elle avait une odeur particulière que Carl, en Allemand de bonne race, reniflerait vite.

Il referma le panneau, mettant ses merveilles de technologie à l’abri des regards. Son père aurait été fier de ce fils qu’il n’avait pas vu grandir et devenir l’un des personnages les plus secrets mais aussi les plus importants du Vatican.

C’est-à-dire, songea-t-il en lissant sa soutane discrètement bordée de violet, de la planète.

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