La danse du mal

Michel Benoît · Chapitre 39 sur 87

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La danse du mal

Chapitre 37

 

Nil se leva plein de courbatures et s’éloigna après avoir jeté un regard sur Sarà qui dormait encore, enfouie sous une couverture. Il sortit de l’enclos des ruines à ciel ouvert pour contempler l’infini du désert. Loin vers le nord, invisible, se trouvait le piton rocheux sur lequel était perché Mar Moussa. D’un signe de tête il salua Gaby qu’il trouva accroupi sur un muret, en observation, totalement immobile. Nil suivit son regard et ne vit rien d’autre que du sable et quelques tumulus sur lesquels tapait un soleil déjà haut. Des ruines d’autres habitats nazôréens ? Gaby n’ayant pas répondu à son salut, il n’osa pas lui poser la question. Le téléphone portable était dans sa poche, entendre la voix d’Anselm lui ferait du bien.

Il alluma l’appareil et attendit la tonalité. Un message apparut au bas de l’écran, pas de signal. Il recommença, même message : ce désert n’était plus couvert par le réseau GSM. Avec un soupir il referma l’appareil, à partir de maintenant il était coupé du monde extérieur et de son ami.

Nil, mon garçon, qu’es-tu allé fabriquer dans cette galère ?

Il revint dans l’angle des ruines où Sarà lui avait parlé hier soir. Elle était debout face au mur et brossait lentement ses longs cheveux d’un geste souple. Il eut un nouveau choc : quelques mèches plus claires dessinaient des formes serpentines qui se perdaient dans son cou. Ondulantes et soyeuses, leur flamboiement rehaussait la splendeur de son visage. Elle était si belle sous le soleil levant… Interdit, il s’arrêta. Qu’est-ce qui m’arrive ? Il s’apprêtait à dire quelque chose pour masquer son trouble mais elle fit mine de ne pas le voir, continuant son brossage avec application. Il fut tiré d’embarras par l’arrivée de Gaby qui s’adressa à Sarà sans le regarder :

– Gabriel a écouté le désert, il n’a rien entendu, mais il a pu voir les fennecs qui l’observaient depuis leurs terriers. Ça veut dire que lui, s’il bouge pendant le jour, on le verra de partout. Il veut rester caché ici, quand les ombres s’allongeront sur le sable il verra sans être vu. Le village est loin, pour y aller notre mère la nuit nous protégera.

Nil s’assit contre un pan de mur. Autrefois il avait accompagné son père dans un voyage touristique au Sahara, c’était encore l’époque de leur complicité heureuse. Côte à côte, ils avaient admiré en silence l’étendue infinie des dunes, leurs courbes d’une élégance abstraite et pure. Rien de tel ici mais une surface pierreuse, couleur ocre sale, monotone, semée de monticules brillants sous le soleil. Sur cette autre planète, il se sentait étranger.

 

Carl rangea son matériel et boucla soigneusement ses sacoches. En fin d’après-midi le récepteur annexe avait intercepté une communication téléphonique entre Rome et Nebek. Moktar prévenait Monsignore que la Mercedes était planquée dans le désert et ne bougeait plus. Depuis la montagne, ses hommes la surveillaient mais il y avait un problème : là-bas, le portable ne passait plus.

– Et votre liaison satellitaire ?

Moktar bredouilla que c’était trop encombrant, désormais il devait être léger, il reprendrait contact avec lui quand tout serait terminé. Monsignore protestait avec véhémence quand la communication fut coupée.

Nous voilà à armes égales, pensa Carl.

Le prélat était furieux, mais surtout inquiet. Quel jeu le Syrien jouait-il ? S’il ne pouvait plus le joindre au moment clé de sa mission, si les informations fournies par les bavardages de Nil et Anselm étaient taries, désormais il était sourd.

Sourd, et impuissant.

Sa colère avait laissé Moktar indifférent. Son filet était en place, le poisson n’en sortirait pas et il n’avait pas l’intention de rendre des comptes à Monsignore. Surtout, il avait pour l’heure autre chose en tête : la petite esclave l’avait vite lassé par ses pleurs et ses cris de douleur, ça lui coupait l’envie. À sa place on venait de lui fournir une vraie femme, avec des gros seins dont l’aréole durcissait dès qu’il les touchait. Ça l’excitait tellement que tant qu’il ne se passerait rien au désert, il n’avait pas l’intention de quitter Nebek pour rejoindre ses hommes.

 

Satisfait par ce qu’il venait d’entendre, Carl rabattit la visière de son casque et mit sa moto en marche. Isolé, à la merci des djihadistes, avec un homme comme Monsignore le moine français était en danger. Il fallait qu’il prenne les choses en main : le Syrien ne verrait de lui que ce qu’il voudrait bien lui laisser voir, c’est-à-dire rien.

Il quitta l’abri des arbres, s’engagea dans la plaine et bifurqua à l’endroit précis qu’avait choisi hier la Mercedes.

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