Procès-verbaux de l'Assemblée générale de la section des Postes / 4 Décembre 1790 - 5 Septembre 1792
DIX-HUITIÈME ASSEMBLÉE.—DU 1er JUIN 1791
Assemblée générale de la section des Postes,
du mercredi premier juin mil sept cent quatre-vingt-onze.
La section des Postes convoquée en la manière accoutumée en vertu de la délibération du Corps municipal du vingt-cinq mai
dernier [174] et sur la convocation de la Commune, il a été fait lecture du procès-verbal de la dernière séance du trente du mois dernier; cette lecture ayant excité de grandes réclamations par un nombre considérable de citoyens, sur ce que cette Assemblée était illégale
en ce que: 1 o l'on s'était occupé de plusieurs objets qui ne faisaient pas partie de la pétition, qui était le sujet de l'Assemblée, ce qui était
contraire aux décrets; 2o en ce que, au moment où les arrêtés ont été pris sur ces objets inhérents à la pétition, il ne se trouvait plus le nombre de votants requis par la loi; après une très ample discussion sur ces deux motifs, il a été arrêté que tous les articles du procès-verbal de la dernière séance qui sont étrangers à la pétition qui formait le sujet de la convocation seront rayés et les arrêtés pris sur iceux déclarés non avenus.
L'Assemblée composée de plus de cent citoyens actifs[175], on a passé à l'ordre du jour, en faisant la lecture du rapport fait par M.
Viguier-Curny [176], commissaire au Corps municipal, sur l'état des canonniers émigrants et faisant partie de la garde nationale
parisienne[177]; la question étant discutée, la section a arrêté que, se rappelant toujours avec la plus vive reconnaissance les services rendus à la chose publique par les canonniers émigrants dès les
premiers moments de la Révolution[178], elle croit que la Commune, n'étant pas dans le cas de récompenser actuellement ces braves défenseurs de la liberté, doit différer à statuer définitivement sur leur sort, jusqu'à ce que l'Assemblée nationale ait décrété l'organisation de la garde nationale.
Passant au second sujet de la convocation et la question pleinement discutée, l'Assemblée a décidé qu'il n'y avait point lieu à délibérer sur la proposition faite par la Municipalité de féliciter le
peuple polonais sur sa nouvelle Constitution [179].
Déclare en outre, qu'elle voit avec étonnement que la Municipalité ait proposé à la Commune de Paris d'approuver en quelque sorte une Constitution qui, consacrant la féodalité, les
privilèges et l'inégalité, est absolument contraire et [180] aux droits de l'homme et à la Constitution française.
A arrêté en outre que la présente délibération sera communiquée aux quarante-sept autres sections, et on a à l'instant nommé par
acclamation MM. David [181], Didelot, Langlois, Boyere, l'Héritier fils,
Giffet, Balardet ( [182] sic ), Clerc, Maufroy, Desmazié, Poupardin et
Moreau [183] [184] [185] , commissaires pour porter ledit arrêté.
M. le Président ayant fait part que M. Palloy[186] avait envoyé le plan de la Bastille qu'il destinait pour la section des Postes, il a été unanimement décidé qu'il serait voté des remerciements à M. Palloy et que cette pierre serait posée contre le pilastre en dedans de l'église de Saint-Eustache, à côté du grand portail.
Fait et arrêté en l'Assemblée générale de la section des Postes les dits jour et an susdits.
J. M . S .
NOTES:
[174] Voyez L , IV, 387-388. Il s'agit, comme on va le voir, du
projet d'incorporation, dans les bataillons de sections, des canonniers
soldés ou canonniers émigrants.
[175] A partir de cet endroit le présent procès-verbal a déjà été édité
par L (VI, 243-244), le passage étant ainsi modifié: «L'Assemblée
convoquée en la manière accoutumée, en vertu de la délibération du
Corps municipal du 25 mai dernier, et sur la convocation de la Commune;
composée de plus de 100 citoyens actifs;...».
[176] Le texte original porte V -C .—V -C ou plutôt
V C , Joseph-Charles, 42 ans, ex-secrétaire de l'intendance
des postes aux chevaux, représentant de la section de la Place-Louis-XIV,
officier municipal.
[177] Sur ce rapport, fait au Corps municipal, le 31 mai 1791, et intitulé:
Rapport sur les canonniers, fait au Corps municipal par M. Viguier-Curny,
cf. L , IV, 449 (séance du Corps municipal) et 453-456 (texte même
in extenso de ce rapport). D'après L , IV, 452, n. 4, un exemplaire
imprimé de ce document se trouve à la Bibliothèque de la ville de Paris,
dossier no o 10073, imp. de 8 p. in-4, document non signalé par M.
T dans sa Bibliographie.
[178] L'explication de ce terme de «canonniers émigrants» et l'allusion
faite ici aux services rendus par eux dans les premiers temps de la
Révolution sont éclairées par le passage suivant du rapport de Viguier-
Curny: «A l'époque du mois de juillet 1789, parmi les troupes qui
menaçaient Paris, les canonniers campés au Champ-de-Mars causaient le
plus d'inquiétude aux citoyens, et l'on mit tout en usage pour leur faire
connaître que, en servant la cause du despotisme, ils agissaient contre la
patrie. Un grand nombre de ces canonniers passa sous les drapeaux de la
liberté, et ils nous devinrent d'autant plus précieux, qu'ils furent employés
à mettre en état de service les pièces de canon que les Parisiens purent
se procurer. Accueillis avec transport par les citoyens de Paris, comptant
sur les promesses qui leur furent faites, les canonniers restèrent avec
nous; ils furent réunis par les soins de M. Desperrières, officier d'artillerie,
qui, pour rendre leur service plus utile à la chose commune, leur donna,
sous l'autorité des électeurs, représentants de la Commune, une forme
d'organisation militaire.—Ce sont ces artilleurs qui ont dressé la plus
grande partie des batteries que nous avons vu établir, lors de la
Révolution, dans toutes les avenues de la capitale, pour en défendre les
approches; plusieurs se sont trouvés au siège de la Bastille, et, ainsi que
les ci-devant gardes-françaises, satisfaits d'avoir contribué à la reddition
de cette forteresse, ils ont eu la modestie de ne solliciter aucune
récompense.—Depuis la cessation des premiers troubles, les canonniers,
au nombre de 260, ont été employés à escorter les convois, et, dans les
détachements et les missions qui leur ont été confiés, les citoyens ont
toujours rendu justice à leur sagesse et à leur zèle.»—A la fin de 1789,
d'après ce même rapport de Viguier-Curny, «il restait 220 canonniers
émigrants» casernés à l'arsenal. Ce sont ces canonniers dont il s'agissait
d'assurer l'existence. En décembre 1789, l'assemblée des représentants
de la Commune leur alloua des habits et une solde provisoire de 20 sols
par jour, en attendant l'installation de la Municipalité définitive. Celle-ci
était établie en novembre 1790, mais le département de la garde nationale
ne fut installé qu'en janvier 1791. Par un arrêté du 31 de ce mois (et non
du 21, comme l'écrit par erreur L , VI, 241 et n. 2), le Corps
municipal décida alors que les canonniers émigrants seraient assimilés
aux chasseurs des barrières et formeraient deux compagnies
supplémentaires de ce corps. Mais les canonniers, mécontents, firent
intervenir plusieurs sections, sous prétexte que le Corps municipal
outrepassait ses pouvoirs en tranchant tout seul cette question. D'où
conflit entre ces sections et le Corps municipal, pétitions et démarches
diverses. On trouvera l'historique complet de toute cette affaire dans
l'éclaircissement de la séance du Corps municipal du 5 septembre 1791,
de l'ouvrage de L , VI, 241-243. L donne en note l'indication
des différents endroits de ses Actes de la Commune où il a déjà été
question de ces canonniers.—Sur l'organisation des canonniers soldés, en
octobre 1791, voyez L , VII, 26-37.
[179] L'arrêté de convocation des sections par le Corps municipal, en
date du 25 mai 1791, portait en effet ceci: «Mention sera faite, à la suite
de la présente convocation, de l'arrêté pris hier dans l'Assemblée du
Conseil général» (pour ce dernier arrêté, cf. L , IV, 377 et 379-382)
«relativement au vœu émis d'adresser une lettre de félicitation à la diète
de Pologne.» (L , IV, 388.)—La diète de Pologne avait adopté, le 3
mai 1791, une constitution nouvelle abolissant le liberum veto, instituant la
royauté héréditaire, créant deux chambres législatives, etc... Voyez le
Moniteur des 22, 24, 26, 30 mai, 2 et 6 juin 1791.—Sur l'attitude de
l'opinion parisienne dans cette affaire, cf. L , VI, 244-246.
[180] L , VI, 244, a supprimé ce mot.
[181] D Jean-Michel, ancien marchand de vin, 43 ans, rue des
Prouvaires, 42, devint, après le 10 août, électeur de la section et son
représentant à la Commune du 10 août.
[182] Très probablement une erreur: soit pour Baillardet, soit pour
Balardelle. (Voir l'Index.)
[183] L , VI, 244, ne donne pas ces différents noms et se borne
à mettre: «... suivent 12 noms».
[184] L : «... cet...».
[185] L , qui arrête ici sa citation, ajoute: «Signé: M ,
S ».
[186] Le texte porte Paloy.—P Pierre-François, dit Palloy-
Patriote, entrepreneur bien connu par ses travaux de démolition de la
Bastille, avec les pierres de laquelle il fit des modèles réduits de cette
prison qu'il expédia un peu partout. Il paraîtrait, d'après ce texte, qu'il en
envoya un à la section des Postes.