Le Bouchot
Chapitre 27
Tout dégelait. Tout fondait. L'eau des marais finissait par mouiller mes grosses chaussettes et je poussais désormais mes promenades, Athos sur les talons, jusqu'à Brouage où, taciturne, aérien, absent, Colin se rendait à la cabane de son père.
Souvent il m'apercevait alors qu'il traversait Hiers, désert d'habitants. Il arrêtait alors son vélo qu'il posait par terre et s'asseyait près de moi sur les marches de la petite église fermée. Nous ne disions rien, tous deux assis de profil et je croisais ma cape en laine autour de moi. J'enfouissais très loin mon visage au fond du capuchon noir.
« Bon, murmurait-il, il va falloir que j'y aille.
– Tu te ferais gronder par ton père ? »
Il haussait les épaules.
« Il y a de ça, disait-il.
– Moi, mon père ne m'a jamais grondée ni battue.
– Tu as de la chance.
– Peut-être. A vrai dire je ne sais pas très bien ce qu'est un père.
– Ta mère vous adore.
– Oui. Toi aussi elle t'adore.
– Oui. Elle n'est pas comme les autres.
– Toi aussi tu n'es pas comme les autres. A part mon chien, personne ne s'assoit près de moi.
– Bon, dit-il en se levant, il faut que j'y aille. »
Je restais assise sur les marches.
« Dis, Colin, pourquoi personne n'est très gentil avec nous? »
A cheval sur son vélo, un pied encore au sol, il eut l'air de réfléchir. Nous étions en train, tous deux, de penser à Térésa.
« La guerre... dit-il très évasif. La fin de la guerre.. Elle n'est pas française et pas comme les autres. Je veux dire, tellement mieux que les autres... Alors tu sais, ça suffit pour...
– Pour quoi ? dis-je, le cœur tout pâle.
– Rien... La bêtise humaine n'a pas de limites. Mais tu peux être fière d'elle. Toujours. Quoi que l'on te raconte. »
Et il partit très vite.
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