Le Bouchot

Hortense Dufour · Chapitre 45 sur 66

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Le Bouchot

Chapitre 41

« Viens, passe-moi le râteau. Tiens le pied de cet arbuste. Fais attention à mes roses. »

Je gratte la terre, à genoux près d'elle. Elle est déjà tiède, chargée d'humus, de glaires, d'insectes immobiles. Je creuse avec mes mains. La tête en arrière, je respire, je bois le ciel tout entier au-dessus du figuier.

Notre amandier ressemble à un bouquet d'églantines.

« Ne touche pas à cette graine. Tu pourrais la blesser et la faire mourir rien qu'en l'effleurant. Donne-moi les oignons qui sont sur la claie. »

Nos mains, parfois, se rencontrent et nos fronts se touchent en enfouissant les plants de tomates.

« Tiens cette branche ; je vais l'élaguer. Elle s'étouffe... Tu ne vois pas qu'elle étouffe ? Elle est si belle que c'est déjà un signe de mort... Méfie-toi d'une plante qui devient trop belle... Souvent elle est en danger... »

Derrière les grands iris mauves et sous le massif du lilas et de sauges, je me couche sur le dos, les bras en croix.

Je suis cette amante baignée de toute part, baignée de caresses : le vent, les parfums, les voltigeantes feuilles, le soleil, les puissants appels souterrains.

« Va à la pompe remplir l'arrosoir. Mon palmier nain a soif.

Non lo vedi ? Vois, vois la barbe de son tronc qui se raidit... »

Je voudrais être la Plante et l'Arbre en entier. Recevoir sur mes pieds l'eau bleue. Recevoir sur ma chevelure la cascade des durs rayons de midi. Recevoir sur mes flancs l'ombre de quatre heures. Être enlacée par les hommes, fougueux jardiniers de tous mes rêves.

« Et puis, tu sais ce que les plantes aiment par-dessus tout, ce qu'il faut faire quand tu crois qu'un arbre est mort ? La MUSIQUE... donne-leur la musique... »

Et Térésa tire le fauteuil en osier de Nonno au milieu de l'exubérance florale. Elle joue du violoncelle afin de bénir le jardin en entier. Qu'il croisse et se multiplie à l'infini.

C'est le seul moment de la journée où elle enlève le tablier de tâcheron et retrouve son visage de porcelaine.

En creusant ainsi la terre nous avons heurté la statue du Diable en érection. Tout noir de glaise. Elle l'a essuyé avec son tablier et hissé très haut sous le soleil.

« Remets-le sur la commode, dit-elle. Le jardin nous l'a rendu. »

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