L'énigme de la Stuga

Camilla Grebe · Chapitre 31 sur 76

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L'énigme de la Stuga

MANFRED - Huit ans plus tôt

MANFRED

 

 

Huit ans plus tôt

 

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Je me suis réveillé le premier ce matin-là.

Pirjo était allongée à côté de moi, les draps autour de la taille et le bras gracieusement recourbé au-dessus de sa tête.

Je la contemplai. Sa peau lisse et claire, ses petits seins, son visage paisible. J’avançai la main vers la cicatrice au niveau de la cage thoracique – séquelle d’un accident de ski pendant l’enfance. Mes doigts restèrent suspendus à quelques centimètres au-dessus de sa peau, suivirent le renflement hachuré, comptant les points de suture.

Elle inspira profondément, fronça les sourcils et ouvrit ses yeux gris comme si elle avait senti mon regard.

— Bonjour, c’est le matin.

— Déjà ?

Elle tendit le bras vers moi, m’ébouriffa les cheveux et sourit.

Les dernières semaines, Pirjo avait dormi chez moi presque toutes les nuits, et le vide de ce grand appartement n’était plus aussi éprouvant, même si elle trouvait – à l’instar d’Alba – que je devais faire un petit effort pour rendre mon logement plus douillet. Il y avait par exemple chez Ikea des meubles très bien à un prix abordable, affirmait-elle.

Je n’avais rien contre Ikea, c’était juste que les projets d’aménagement intérieur semblaient secondaires maintenant que Pirjo avait guéri mon manque affectif. Pour la première fois depuis le départ de Beatrice, je me sentais entier, ou presque. L’enquête avait de surcroît été intense – Harry Andersen avait été placé en détention provisoire et ce jour-là nous allions commencer les interrogatoires qui, nous l’espérions, permettraient d’achever l’enquête.

Je me hissai sur elle pour déposer un baiser sur ses lèvres fines et un peu sèches.

Sa langue se fraya un chemin dans ma bouche, mais l’instant suivant elle eut un mouvement de recul.

— Quelle heure il est ?

— On a le temps, dis-je, et je l’embrassai de nouveau.

 

Je déposai Pirjo à deux pâtés de maisons du commissariat. Elle gloussa et me décocha un regard malicieux. Puis elle enfila son sac à dos élimé, me lança un baiser et se mit en route.

Je contemplai sa silhouette légèrement voûtée qui s’éloignait le long de la rue Norr Mälarstrand, le soleil dans le dos, des feuilles mortes dansant autour de ses chaussures. Comme c’était simple, évident et si libérateur de pouvoir aimer à nouveau !

Après avoir garé ma voiture, pris l’ascenseur et bu un café, j’attrapai mon bloc-notes pour rejoindre la salle de réunion.

Sture, Nathalie et Susanne s’y trouvaient déjà.

— Bonjour, lançai-je. Quelqu’un d’autre veut un café ?

Sture me dévisagea.

— Qu’est-ce qui t’arrive ? Tu as enfin tiré un coup ?

J’essayai de rire. Il ne croyait pas si bien dire ! J’étais décontenancé.

Nathalie et Susanne sourirent.

Un instant plus tard, Pirjo entra dans la pièce, une chemise cartonnée sous le bras.

— Salut, fit-elle sans me regarder, et elle alla s’asseoir au bout de la table en laminé blanc.

Sture se leva, enfonça les poings dans les poches et fit quelques pas. Il se positionna dos à nous, contempla la chronologie et les photos scotchées au mur.

— Nous avons une chance d’élucider cette affaire. Une seule. (Il se tourna lentement vers nous.) On va y arriver ?

— Oui, dis-je.

— Bien. Où en est-on du point de vue logistique ?

— On a réservé deux salles d’interrogatoire, répondit Pirjo. Proches l’une de l’autre, mais pas suffisamment pour que les suspects ou leurs avocats puissent se croiser. Les avocats sont prévenus, ils viennent vers neuf heures. Nous commencerons immédiatement et continuerons aussi longtemps que nécessaire. Nous avons… (Elle regarde sa montre.) Jusqu’à vingt et une heures. Avec une heure de pause déjeuner pour eux.

Il existe des règles concernant les durées d’interrogatoire des inculpés, et dans ce cas, lorsqu’ils ont plus de quinze ans, le temps maximal est de douze heures par jour, avec une limite de six heures d’affilée.

— Pirjo et moi cuisinerons David et Harry en alternance. L’un d’entre eux finira bien par nous donner des informations nécessaires à l’enquête.

— Je vous remplacerai quand vous n’y serez pas pour éviter qu’ils préparent leurs versions avec leur avocat, ajouta Nathalie.

— Et les services sociaux ? On s’en passe ? demandai-je.

— Ça va sans dire, répliqua Sture. On ne veut surtout pas s’encombrer d’une mégère bien-pensante de l’aide à l’enfance.

Pirjo me décocha un coup d’œil et leva un sourcil.

— Je fais comme si je n’avais pas entendu, fit remarquer Susanne. Mais c’est vrai que le crime est grave et l’enquête est entrée dans une phase si sensible que c’est tout à fait cohérent d’écarter les services sociaux et les parents.

— Parfait, répliqua Sture. Allez, on va foutre celui qui a fait ça en taule !

Il désigna l’image de Bonnie Högberg. La même que celle qui était posée sur la table de la cuisine chez ses parents – Bonnie en robe d’été, souriante, avec un bras d’inconnu qui reposait lourdement, plein de confiance sur ses épaules.

— Elle avait dix-sept ans, poursuivit-il. Elle mérite que justice soit faite.

 

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