L'énigme de la Stuga
LYKKE - Aujourd'hui
LYKKE
Aujourd’hui
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Manfred semble se rabougrir sur la chaise face à moi – ses larges épaules s’abaissent.
Un rayon de soleil pénètre par la petite fenêtre à barreaux, scintille en rencontrant sa montre et projette un reflet sur le mur à côté de moi.
— Lykke, dit-il lentement. C’était il y a des années.
— Oui, près de huit ans. Quatre-vingt-dix mois. Près de trois mille jours.
Il fait tourner le stylo entre ses doigts boudinés, sans répondre.
— Pendant tout ce temps, nous avons dû vivre avec ce que vous avez fait.
Il pose son stylo, le place parallèlement à la table et me regarde dans les yeux. Les siens sont fatigués, ce sont les yeux d’un vieillard.
— Harry et David ont été libérés, déclare-t-il. Lavés de tout soupçon.
— Au bout de deux mois et demi.
Il hausse les épaules.
— Ce n’est pas si long. Beaucoup de suspects restent plus longtemps que ça. C’est comme ça que fonctionne le système judiciaire.
— Et vous Manfred, vous savez mieux que quiconque manipuler ce système.
Il se tortille, passe une main dans ses cheveux grisonnants.
— C’est faux, conteste-t-il, sans avoir l’air convaincu. Je ne comprends pas pourquoi vous vous êtes mis en tête que je…
— Non, bien sûr que vous ne comprenez pas. Comme il n’y a pas eu de procès, l’enquête préliminaire n’a jamais été rendue publique. Mais j’ai mené ma propre enquête. J’ai parlé avec les garçons, comparé leurs versions. J’ai même consulté un expert juridique, donc je sais de quoi je parle. Vous les avez manipulés. Et vous avez ralenti la procédure pour les garder en détention.
Il ne répond pas.
— Deux enfants ! Vous n’avez pas honte, Manfred Olsson ? Deux garçons, enfermés dans une cellule, sans droit de visite. Apeurés, malades. Et quand ils sont rentrés… Que croyez-vous qu’il soit arrivé ?
Il fronce les sourcils, affiche une expression de douleur.
— Vous pouvez me raconter.
— Je vais le faire, rétorqué-je en pensant aux lignes que j’avais rédigées ce matin.
La joie enivre, elle traverse le corps, le prend d’assaut comme une fièvre.
Mes enfants vont rentrer, pour l’instant, c’est la seule chose qui m’importe. Bien sûr qu’il y aura des épreuves. Bien sûr qu’ils iront mal, l’inverse serait étrange, non ? Ils ont été enfermés pendant des mois, à supporter des traitements inhumains, à souffrir de manière inimaginable.
Je me dis que tout ce dont ils ont besoin c’est de temps et d’amour. De mon amour, le seul amour qui compte vraiment.
Je dois pouvoir les guérir, non ? Après tout, je suis leur mère.
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