L'énigme de la Stuga

Camilla Grebe · Chapitre 54 sur 76

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L'énigme de la Stuga

Chapitre 52

 

 

Gabriel et moi nous sommes précipités derrière eux, mais leur avance était considérable, ils n’avaient même pas pris leurs chaussures et ils étaient bien plus rapides que nous.

Quand je suis sortie sur la terrasse, ils étaient déjà à mi-chemin vers le lac. Leurs silhouettes sombres se découpaient sur la neige blanche, j’entendais les cris étouffés.

Gabriel enfilait difficilement ses chaussures.

— Dépêche-toi, Gabriel !

Je dévalai les marches devant la maison. Mes bottes en caoutchouc glissaient dans la neige, je manquais à chaque pas de tomber, mais je ne ralentis pas la cadence.

C’était une question de vie ou de mort. La vie ou la mort de mes enfants.

L’air était froid et humide, mes bras se couvrirent de chair de poule. Quelques flocons de neige voletaient comme des insectes solitaires lors d’une soirée tardive d’été. Au milieu du pré, je trébuchai et me retrouvai les quatre fers en l’air. La neige était moelleuse, mais mon épaule heurta une pierre et un éclair de douleur se propagea dans mon bras.

Je me levai et continuai vers le lac.

Des pas derrière moi ; Gabriel m’avait rattrapée. Nous courûmes en silence, lui devant, moi derrière. Nous n’avions ni le temps ni l’énergie de parler. On n’entendait que nos pas et nos respirations – et les hurlements au loin, qui me rappelaient les glapissements d’animaux blessés.

En approchant du cabanon du lac, je les aperçus sur le ponton.

David était étendu sur le ventre et Harry s’acharnait sur sa tête à coups de pied. Je m’égosillai :

— Harry ! Arrête !

Il s’immobilisa un instant, leva la tête et nous dévisagea. Il lança de nouveau son pied contre le corps inanimé de son frère, avec une telle violence qu’il le fit tomber du ponton sur la glace. Harry s’assit sur le bois et le martela des pieds.

La fine couche de glace céda avec un craquement au moment où Gabriel et moi arrivions sur le ponton. Le corps de David fut englouti par l’eau noire.

Quelques bulles d’air remontèrent à la surface où elles flottèrent quelques secondes avant d’éclater.

Gabriel se jeta à l’eau – elle n’était pas très profonde, lui arrivait à la poitrine. Il avança, brisant la glace de ses poings, puis plongea.

Le silence se fit.

Je me tournai vers Harry.

— Qu’est-ce que tu as fait ?

Il tourna les talons sans répondre et se dirigea vers la maison principale. Il disparut dans l’obscurité et je restai immobile à fixer les empreintes de ses pieds nus dans la neige.

Je concentrai de nouveau mon attention sur le lac, contemplai sans y croire l’abysse béant qui avait avalé mon fils et l’homme que j’aimais. Tout à coup, la glace se brisa environ un mètre plus loin et Gabriel sortit avec David dans les bras.

Le corps maigre de mon fils semblait désarticulé, sa peau blanche comme la neige. Au-dessus de l’œil, je discernai une plaie béante.

— Aide-moi, haletait Gabriel en progressant dans l’eau vers le ponton.

Je me précipitai vers eux, saisis David par le bras – il était glacé.

Gabriel se hissa sur le ponton et nous réussîmes à remonter David.

Mon mari se pencha sur notre fils, posa l’oreille contre son cœur, mais mon regard était happé par son œil – ou plutôt ce qui avait été un œil. Il ne restait qu’une masse sanglante et collante.

— Est-ce qu’il est en vie ? murmurai-je.

 

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