L'énigme de la Stuga

Camilla Grebe · Chapitre 47 sur 76

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L'énigme de la Stuga

Chapitre 45

 

Oui, je voulais que justice soit faite.

Je voulais rendre justice à l’adolescente qui ne fêterait jamais ses dix-huit ans, elle qui ressemblait tant à ma fille. Je voulais donner à sa famille la seule chose qu’on pouvait leur proposer : la vérité sur ce qui était arrivé à leur fille ce soir-là.

C’était bien sûr une mission très complexe, plus qu’elle n’y paraissait.

J’avais horreur de l’échec, depuis toujours. Je savais aussi qu’un des jumeaux était coupable, qu’ils allaient se mettre à parler – ce n’était qu’une question de temps.

Arrivé chez moi, je me débarrassai de mon costume souillé, le pliai soigneusement et le plaçai dans un sac plastique – inutile d’essayer de le nettoyer avec du savon, je l’amènerais au pressing. Après une douche, j’enfilai un jean et une chemise, m’assis avec l’ordinateur sur les genoux et passai en revue l’enquête préliminaire.

Pirjo avait raison, l’investigation était minutieuse. Rien à dire sur l’analyse du lieu du crime ni de l’autopsie. Nathalie et ses collègues avaient déjà interrogé la moitié de la commune.

Je fis défiler les procès-verbaux d’interrogatoire – des camarades de classe des jumeaux, des enseignants, des employés de la station-service où Harry travaillait quelques heures par semaine.

Rien d’intéressant.

Je m’appuyai contre le dossier du canapé et fermai les yeux.

Un souvenir du premier interrogatoire de David refit surface. Son expression choquée quand il avait appris qu’il resterait en détention provisoire et ses mots : « Je ne peux pas rester, j’ai un tournoi d’échecs demain. »

Je cherchai parmi les interrogatoires une nouvelle fois sans rien trouver. Les doigts tremblants, je sortis mon portable pour appeler Nathalie.

— Salut Manfred. J’ai une réunion dans cinq minutes. C’est rapide ?

— Oui. J’ai besoin de ton aide pour obtenir un nom et un numéro de téléphone.

 

*

 

Manne Ljungstedt répondit à la deuxième sonnerie. Sa voix était claire et mélodieuse, presque féminine.

Je me présentai, expliquai la situation et demandai s’il avait quelques minutes à me consacrer.

Il n’avait pas l’air étonné de mon appel, au contraire.

— Je me doutais que vous m’appelleriez. Nous avons passé beaucoup de temps ensemble, David, moi et les autres jeunes du club d’échecs.

— Comment pourriez-vous le décrire ?

Il hésita un instant.

— Très, très intelligent. Avec une bonne vision stratégique. En tout cas dans les échecs.

— Quand vous voyiez-vous ?

— Les mercredis et les dimanches. Nous nous sommes vus le vendredi cette semaine-là. C’est-à-dire la veille du jour où Bonnie a été… Où elle est morte.

Sa voix claire s’éteignit.

— Comment était-il à ce moment-là ?

— David ? Comme d’habitude. Un peu stressé, peut-être ?

— Stressé ?

Manne se racla la gorge.

— Eh bien… Je ne sais pas si vous connaissez bien David, mais il y a beaucoup de choses qui le stressent.

— Quoi par exemple ?

— Tout, répondit-il d’une voix douce. L’école, les tournois d’échecs, ce genre de choses.

*

 

Sture répondit immédiatement à mon coup de téléphone.

— Quoi ?

— On a oublié d’interroger le coach d’échecs de David. Je viens de lui parler, il m’a dit qu’il avait l’air stressé la veille du jour où Bonnie a été assassinée.

Sture émit un son guttural.

— Ce n’est pas croyable !

— Il va falloir qu’on le convoque. On devrait parler aux autres jeunes du club aussi.

— J’appelle Susanne Bauer de ce pas. Ça devrait suffire pour prolonger la détention provisoire.

 

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