L'énigme de la Stuga
Chapitre 31
— David affirme que tu étais amoureux de Bonnie, c’est vrai ? lui demandai-je.
C’était la deuxième fois en trois heures que nous changions de pièce. Pendant que nous interrogions David, Nathalie parlait avec Harry et nous venions de la relever.
J’avais un regain d’énergie – pour la première fois depuis le début de l’enquête, nous voyions un progrès, et je n’avais pas l’intention de laisser les jumeaux se défiler, maintenant que le but était à portée de main.
Pirjo était en colère ; cela ne se remarquait pas pendant les interrogatoires, mais lors de la pause elle m’avait pris à part et m’avait reproché d’y aller un peu fort.
Je la trouvais trop émotive et je lui en avais fait part.
Je me rappelai notre conversation le premier soir où nous étions sortis ensemble. Pirjo m’avait dit que j’étais trop dur, envers les autres et envers moi-même. Je lui avais répondu qu’il fallait distinguer la personne de ses actes, mais elle n’avait pas eu l’air convaincue.
Une inquiétude commençait à me ronger, pas parce que j’étais d’accord avec Pirjo, mais parce que je me demandais si elle allait me supporter.
Je posai les yeux sur Harry. Il était accoudé à la table et triturait ses cuticules.
— Tu étais amoureux de Bonnie ?
— Je l’aimais bien.
— David dit que tu l’as embrassée au bord du lac.
— Quoi ?
Je hochai la tête.
— Tu as bien entendu. David affirme que tu l’as embrassée sur le ponton.
Harry inspira d’un seul coup et se redressa.
— Oui…
— C’est vrai ?
— Oui. Enfin. D’accord. J… je… je… l’ai. Enfin, e… elle m’a… m’a… embrassé.
Il était visiblement ébranlé.
— Vous vous êtes déshabillés ?
Il écarquilla les yeux.
— Non. Pourquoi on se… se… serait…
Il laissa sa phrase en suspens.
— Bonnie avait de nombreuses piqûres de moustique sur le haut du corps. Pourtant elle portait un tee-shirt à manches longues. Si vous vous êtes déshabillés près du lac, ça peut être une explication.
Harry secoua la tête.
— David raconte aussi que tu es parfois violent.
— N… Non. C’est… c’est… c’est lui qu… qui. I… il a ess… ess…
— Parle plus clairement, on ne comprend rien !
— Manfred ! chuchota Pirjo.
Isak Saxon lâcha son stylo sur la table.
— Assez ! Ce type d’agression à l’encontre de mon client est inacceptable. Il a besoin d’une pause.
Mais Harry leva une main.
— Il… D… Da… David a essayé de me fra… frapper quand il nous a v… vus.
— Il a essayé de te frapper quand il vous a vus vous embrasser ? demanda Pirjo.
Harry hocha la tête.
— Oui. Mais Bo… Bonnie s’est interposée. Il l’a… pou… poussée et elle est tom… tombée dans l’eau. C’est là qu’elle s’est blessée la m… m… main.
Nous étions installés dans la salle de conférences devant nos salades plastifiées.
Pirjo tripotait l’emballage sans se décider à l’ouvrir.
Sture et Susanne étaient assis face à nous.
— Ça avance, dis-je. On dirait que les deux garçons étaient amoureux de Bonnie. David a affirmé avoir vu Harry et Bonnie s’embrasser sur le ponton. David, sans doute dans un accès de jalousie, a voulu porter un coup à son frère. Bonnie s’est interposée et a été poussée dans l’eau. Elle s’est blessée à la main sur l’échelle en remontant.
— Bien joué, déclara Sture. Super !
Pirjo garda le silence, elle ajusta ses grandes lunettes et me dévisagea longuement de ses yeux accusateurs.
Susanne empala une crevette sur sa fourchette en plastique.
— Faites juste attention, prévint-elle en trempant la crevette dans la sauce cocktail. Les avocats se feront un plaisir de disséquer ces interrogatoires et votre comportement a posteriori.
Sture soupira.
— Oui, oui, fit-il en agitant la main. On est au courant.
Il indiqua Susanne du menton.
— De quoi avons-nous besoin ?
Susanne posa sa fourchette, son regard balaya le plafond.
— En l’absence d’éléments techniques, quelque chose qui lie un des frères au crime. Un aveu. Ou bien un témoignage de l’un qui confirme la culpabilité de l’autre.
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