L'énigme de la Stuga
MANFRED - Aujourd'hui
MANFRED
Aujourd’hui
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— Je ne comprends pas, dis-je en dévisageant Lykke.
Ses joues sont écarlates, ses yeux baignés de larmes et elle secoue lentement la tête.
— Le bouton. Je l’ai reconnu immédiatement. Il venait de la chemise que Gabriel portait le soir du festin d’écrevisses où Bonnie a été tuée. Une chemise d’une laideur sans nom, d’ailleurs. Elle était unique, aussi. Jamais vu un vêtement pareil, ni avant ni après.
Elle affiche un air de dégoût.
Je continue de la fixer et je comprends peu à peu ce qu’elle essaie de communiquer.
— Vous insinuez que…
Elle hoche la tête, s’empare d’un mouchoir posé à côté de la tasse de café vide et se mouche.
— Gabriel a dû perdre son bouton dans la chambre où dormait Bonnie.
Je tente de me remémorer les conclusions des techniciens huit ans plus tôt.
— Mes collègues ont retourné cette maison. Ils ont cherché pendant deux jours. S’il y avait eu un bouton, ils l’auraient trouvé.
Elle secoue de nouveau la tête.
— Il était sous les lattes du plancher. Si je ne m’abuse, ils ne les ont pas soulevées.
Je réfléchis aux possibilités.
— Le bouton aurait pu tomber là à un autre moment ?
— Non. Il venait d’acheter la chemise. Il l’a déballée le soir de la fête.
— Gabriel s’est peut-être rendu dans la stuga pendant le dîner ? Il a pu quitter la table et…
— Non. Personne n’y est entré. La porte était fermée à clé, les garçons fermaient toujours. Ni Gabriel ni moi n’avions la clé.
Je revois le corps sans vie de Bonnie et je me souviens des yeux gris de Pirjo si tristes quand elle la regardait, et la voix de la légiste qui expliquait qu’elle était sans doute morte par asphyxie.
— Je suis quasiment sûre que ça s’est passé comme ça, explique Lykke. Gabriel s’est réveillé au milieu de la nuit, peut-être parce qu’il était dérangé par la musique. Il est sorti pour leur dire d’éteindre, mais en chemin il a vu que la fenêtre de la chambre de Bonnie était ouverte.
Je ne l’interromps pas, je ne prends pas de notes. Je suis trop concentré sur le récit de Lykke.
— Il l’a vue là, nue dans son lit, poursuit-elle. Et… je ne sais pas ce qui lui est passé par la tête. Il était rond comme une queue de pelle, mais ce n’est pas une excuse. Il n’a jamais été violent, d’après ce que je sais. Mais que sait-on des autres ? Que sait-on des gens qu’on aime ?
Elle hausse les épaules et semble s’affaisser un peu.
— Ou qu’on croit aimer, se corrige-t-elle. Je croyais qu’il était fidèle aussi, pendant plusieurs années j’en ai été convaincue. Bien qu’il y ait eu des signes : toutes ces jeunes éditrices qui allaient et venaient, toutes ces autrices qu’il était obligé de fréquenter. J’imagine que je ne voulais pas voir, je ne voulais pas comprendre. Et quand j’ai ouvert les yeux, je n’avais plus la force de réagir.
Elle se tait, se frotte les mains et regarde par la fenêtre.
— La fenêtre de la stuga est basse, il n’avait qu’à entrer. J’imagine qu’il a tenté une approche et qu’elle a essayé de se défendre. Bien sûr, à ses yeux, il devait être un vieux porc. C’est peut-être à ce moment-là que le bouton s’est détaché et est tombé entre les lattes.
— Les garçons n’ont rien entendu. Comment est-ce possible ?
— La musique était à fond. Et ils avaient bu…
Je m’efforce de me représenter la scène, l’enchaînement d’événements, en essayant de donner du crédit à ses dires.
— Je vois. Bien sûr. C’est possible que Gabriel soit entré dans la chambre de Bonnie et y ait perdu son bouton. Mais il ne peut pas avoir tué Bonnie. Quand on l’a découverte, les fenêtres étaient fermées de l’intérieur avec un loquet. Le coupable devait se trouver dans le bâtiment après l’assassinat.
Elle pousse un profond soupir.
— C’est ce que je pensais aussi. Je n’ai pas compris tout de suite. C’est Harry qui nous a donné la solution.
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