L'énigme de la Stuga

Camilla Grebe · Chapitre 65 sur 76

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L'énigme de la Stuga

LYKKE - Une semaine plus tôt

LYKKE

 

 

Une semaine plus tôt

 

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— Qu’est-ce que vous foutez ? Vous avez vu l’heure qu’il est ?

Gabriel nous dévisageait en se grattant l’entrejambe. Il était en caleçon, les plis de l’oreiller lui barraient la joue. Il se tenait à l’encadrement de la porte.

— Et si vous voulez absolument vous lever, vous pourriez au moins arrêter ce boucan. J’essaie de dormir, moi !

Puis, comme s’il venait de percevoir l’étrangeté de la situation – ça faisait des années que Harry, David et moi n’avions pas été assis ensemble à une table – il ajouta :

— Il s’est passé quelque chose ?

Personne ne répondit, mais j’avançai la main vers Gabriel et l’ouvris lentement.

Il secoua la tête, fit quelques pas vers nous, se pencha en avant et observa le bouton au creux de ma paume.

— Je suis en train de rater un truc ?

Il haussa les épaules.

— Regarde de plus près.

Gabriel sembla hésiter, mais s’exécuta. Il s’approcha, saisit le bouton entre le pouce et l’index, le leva vers la lumière, le tourna dans tous les sens en l’examinant. Il le posa sur la table. Il roula et fut bloqué par une large brèche dans le bois.

— Un bouton. Et alors ?

— Tu le reconnais ? demandai-je, et à cet instant j’espérais encore qu’il pourrait me donner une explication plausible à ce qui s’était passé.

Tu sais, ce bouton est tombé ce soir-là. Je l’ai rangé dans ma poche. Et plus tard, bien plus tard, lorsque nous avons repeint la chambre de David, il a dû glisser de ma poche et…

— Oui, dit-il. Il vient de cette chemise qui m’a attiré tant de moqueries. La chemise écrevisse.

Son regard se posait sur chacun d’entre nous, alternativement.

— Pourquoi ?

— Tu sais où on l’a trouvé ?

— Qu’est-ce que j’en sais ? Vous êtes là en pleine nuit à observer un putain de bouton comme si c’était une boule de cristal ! Comment pourrais-je savoir où vous avez déterré ce truc ?

— On l’a littéralement déterré sous le plancher de mon ancienne chambre, fit David.

— Sous le plancher ? Allons bon ! Et pourquoi ?

— Parce que j’avais perdu ma bague entre les lattes, poursuivit David en fixant son père. On a détaché une planche. Et on l’a trouvé là. Il avait dû tomber dans une fente pas loin du lit.

Le visage de Gabriel blêmit, il recula de quelques pas, nous tourna le dos et s’appuya des deux mains sur le plan de travail.

— Tu l’as perdu dans la chambre le soir où tu as tué Bonnie, continua David.

Je contemplai mon fils – il avait prononcé ces mots sans une seconde d’hésitation. Il était bien plus courageux que moi.

Gabriel secoua la tête.

— Ce sont des conneries, rétorqua-t-il, mais sa voix était rauque et faible, comme s’il savait que la bataille était perdue d’avance.

J’ai éclaté en sanglots.

Des larmes chaudes et salées coulaient le long de mes joues et un gémissement a jailli de ma poitrine.

— Lykke, fit Gabriel dans un râle, toujours dos à nous. Ma Lykke. Ce n’est pas vrai. Je ne l’ai pas tuée. Ça ne s’est pas passé comme ça.

— Comment ça s’est passé, alors ? s’enquit David.

— Je voulais juste… je voulais lui parler, lui demander de baisser cette putain de musique. Mais elle s’est mise à beugler, comme si…

Il fit un mouvement avec les bras et se retourna vers nous.

À cet instant, au moment où Gabriel reconnaissait qu’il était entré dans la chambre de Bonnie, Harry avait bondi de sa chaise. Il se rua sur son père et le bouscula.

Gabriel tomba en arrière avec fracas, sa tête heurta le grille-pain et il poussa un cri.

— Aïe ! Bordel !

David sauta sur ses pieds, se précipita vers son père et écarta Harry. Je crus d’abord qu’il voulait les séparer, mais l’instant suivant il se jeta sur Gabriel, lui décocha un coup de poing dans le visage avec un rugissement.

— Arrêtez ! hurlai-je. Vous allez vous entretuer ! Arrêtez !

 

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