L'énigme de la Stuga
Chapitre 32
Nous ne sommes pas arrivés plus loin cet après-midi-là.
Harry bégayait tellement qu’on ne le comprenait plus et nous avons été obligés d’interrompre l’interrogatoire. Il était très clairement perturbé et sans doute aussi déçu par David.
— Tout le monde, absolument tout le monde, c… cr… croit toujours que tout est ma faute. David s… s… s’en tire à chaque fois, riposta-t-il à une occasion.
Les réponses assurées de David et son exposé sur les preuves avaient été remplacés par le silence et l’abattement. Sa respiration était de plus en plus difficile, ses voies respiratoires sifflaient et ses réponses étaient interrompues par de longues quintes de toux.
— Harry sabote toujours tout, marmonna-t-il. Je le sauve de lui-même depuis sa naissance.
Bien sûr, nous essayâmes de leur extorquer des aveux, ou du moins un témoignage selon lequel l’un avait vu l’autre agresser Bonnie – en vain.
— Je dormais, s’emportait David. Je n’ai rien entendu.
— La musique était allumée, se justifiait Harry. Je ne pou… pouvais pas entendre ce que fai… faisait mon frère.
*
La tension était à son comble ce soir-là dans la voiture. Pirjo et moi roulions vers mon appartement. Ne supportant plus son silence, j’avais fini par craquer.
— Dis quelque chose, enfin !
Elle me dévisagea sans répondre, passa une main dans ses boucles et avala une gorgée de son Coca acheté à la cafétéria.
— Mais bon sang ! m’emportai-je en freinant brusquement devant une place de stationnement. Parle au lieu de faire la tête.
La bouteille dans sa main fut secouée et le liquide brun coula sur son jean et son chemisier.
— C’est inacceptable, lança-t-elle en essayant d’éponger ses vêtements.
— Pardon, ça va ?
Elle se tourna lentement vers moi.
— Je ne parle pas de ça. Je parle de ton comportement aujourd’hui.
Je soupirai et me garai en créneau.
— Tu n’as pas encore laissé tomber ce truc ?
— Pourquoi je laisserais tomber ? Tu t’es comporté comme un salopard !
— Et alors ? Ce sont deux petits cons qui ont assassiné une fille !
— L’un d’entre eux a tué une fille, me corrigea-t-elle.
Je m’emparai des clés et sortis de la voiture.
— Tu comptes rester là ?
Pirjo haussa les épaules, ouvrit la portière, attrapa son sac à dos et descendit.
Nous marchâmes vers l’entrée en silence. L’obscurité des soirées d’automne s’était épaissie et il bruinait. Les feuilles mouillées s’entassaient dans le caniveau, reflétant l’éclat des lampadaires.
Dans l’appartement, Pirjo examina ses vêtements à la lumière du lustre.
— Merde, marmonna-t-elle en déboutonnant son chemisier.
— Désolé, encore une fois.
— Écoute, les taches, je m’en fous. Ce n’est pas ça.
Elle laissa tomber son chemisier et ouvrit la braguette de son jean.
— Qu’est-ce qu’il y a alors ?
Pirjo ôta son pantalon.
— Je ne te croyais pas comme ça.
— Comme ça ? (J’écartai les bras.) Je fais mon boulot, Pirjo.
— Ton boulot, notre boulot, implique de suivre les lois et les règles fixées.
Je commençais à perdre patience – pour la première fois depuis des semaines nous avions accompli des progrès et elle ne faisait que se plaindre.
— Je n’enfreins pas la loi, je me contente de…
— De déformer un peu la vérité ? De hurler à un ado apeuré, qui bégaie, de parler plus clairement ? Tu l’as humilié, Manfred. C’était à la limite du harcèlement.
Les mains sur les hanches, elle me foudroyait du regard. C’était presque comique – elle était là, ma nouvelle chérie, en culotte et en soutien-gorge, furax.
— Euh, je vous dérange ?
Pirjo et moi fîmes volte-face.
Alba se tenait dans l’entrée du salon, les mains enfoncées dans les poches de son jean, le regard rivé sur les chaussures dans l’entrée. Ses joues étaient rouges.
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