L'énigme de la Stuga

Camilla Grebe · Chapitre 4 sur 76

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L'énigme de la Stuga

Chapitre 4

 

À dix-huit heures pétantes, j’entendis un bruit de moteur.

Torse nu devant le miroir de la chambre, Gabriel déballait sa nouvelle chemise.

Je m’approchai de la fenêtre et vis la voiture d’Olof Forss entrer dans l’allée – une vieille Renault rouge aux passages de roues rouillées avec un autocollant « bébé à bord » sur le pare-brise arrière.

Le véhicule ne révélait rien de son propriétaire ; pis, il induisait en erreur. Loin d’être un jeune papa fauché, Olof Forss était un éditeur plein aux as, célibataire et sans enfant. J’ignorais son âge exact et son orientation sexuelle – je n’avais vu ni femme ni homme à son bras depuis que nous nous connaissions. Ça faisait un bail. C’est lui qui m’avait embauchée chez Forss & Stierna.

Olof était l’un des trois propriétaires de la maison, il avait participé à son lancement dix ans avant mon arrivée. C’était l’éditeur star, connu de tous dans le milieu, qui s’occupait exclusivement d’auteurs littéraires – dont Gabriel faisait partie. Mais, contrairement à la plupart de ses auteurs, Gabriel était une poule aux œufs d’or, ce qui redoublait sa valeur aux yeux de la maison d’édition.

Après Souvenirs, sa consécration, Gabriel avait publié sept romans. Même si les ventes avaient quelque peu ralenti, les livres suivants restaient des succès commerciaux et avaient été encensés par la presse.

Gabriel et moi allâmes à la rencontre d’Olof. Tout en accélérant le pas, je jetai un coup d’œil à la nouvelle chemise de mon mari. Une grande écrevisse rouge en couvrait le dos et les boutons dorés étaient rehaussés du même crustacé. Je ne pus m’empêcher de pouffer.

— Bon sang, mais où as-tu dégoté cette horreur ?

Il sourit.

— Dans une petite boutique de prêt-à-porter masculin à Södermalm.

Les températures caniculaires avaient baissé, mais on suffoquait toujours.

Je chassai une mouche et glissai ma main dans celle de Gabriel en arrivant près de la voiture.

Olof descendit, vêtu de sa traditionnelle veste en velours côtelé vert mousse à l’étoffe râpée aux coudes. Sa chemise était trop serrée, ses lunettes à épaisse monture rafistolées avec du Scotch et posées de travers sur son nez.

Il y avait dans le monde de l’édition une certaine forme de snobisme inversé – à l’âge d’Olof, on pouvait se permettre de porter des vêtements déchirés ou vieux jeu, et à mon âge ou plus jeune, des tenues extravagantes et tellement ringardes qu’elles étaient revenues à la mode.

Olof nous salua d’une main qu’il passa ensuite dans ses cheveux – il cumulait des tempes dégarnies et une toison drue sur le reste du crâne, lui donnant l’impression d’avoir constamment le vent en pleine figure.

La portière côté passager s’ouvrit et une femme d’une trentaine d’années, petite et menue, aux cheveux courts et bruns avec une frange, en descendit. Son rouge à lèvres était carmin.

Ils se hâtèrent jusqu’à nous, des sacs à la main. Olof me fit une bise puis me serra dans ses bras.

— Tu es rayonnante ! s’écria-t-il – il semblait sincère.

— Toi aussi, dis-je en acceptant le panier de cadeaux qu’il me tendait.

Soulevant l’étoffe de lin gris, j’aperçus des chocolats dans un emballage luxueux.

Il avait fait des cadeaux sa spécialité – jamais il ne vous donnerait une boîte de chocolats de supermarché ou un bouquet de tulipes défraîchies enveloppées dans du plastique. Rien n’était laissé au hasard, ses présents étaient à la pointe du bon goût et s’accompagnaient souvent d’une anecdote.

— Je connais le chocolatier, je l’ai rencontré en Algérie il y a trois ans lorsque j’ai rendu visite à ce poète, vous savez, celui qui s’est ensuite jeté dans la Seine et qui s’est noyé, expliqua Olof, le regard tourné vers Gabriel. Le confiseur en question était le frère du poète. Il vivait en Belgique, mais était de passage en Algérie. Il nous a offert des pralinés exquis. Jamais je n’avais goûté pareil délice ! Depuis je commande des chocolats directement à sa boutique à Bruxelles.

La femme lissa le tissu de brocart de sa robe années cinquante et tendit la main.

— Teresa, se présenta-t-elle avec un grand sourire, mais tout le monde m’appelle Tuss. Je suis la nouvelle éditrice de Gabriel.

— Bienvenue, dis-je avec un geste vers la maison rouge derrière moi. Bienvenue à l’Éternité.

 

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