L'énigme de la Stuga

Camilla Grebe · Chapitre 60 sur 76

Pages du PDF

L'énigme de la Stuga

Chapitre 58

 

 

Quand j’ouvris la porte, je vis deux chaises renversées et, près d’elles, l’ordinateur de Harry. L’écran s’était détaché, quelques câbles pendaient comme les tendons d’un animal dépecé.

— Harry ! David !

Des cris retentissaient dans la chambre de David. J’y pénétrai d’un bond.

Ils se dévisageaient, enragés.

— Tu n’oseras pas, cracha David.

Je me précipitai vers eux.

— Arrêtez !

Harry me regarda, tourna la tête vers son frère.

— Vous me gâchez la vie, murmurai-je. Vous ne comprenez pas ? Allez régler vos différends ailleurs !

Harry recula de quelques pas.

David pointa sur lui un doigt tremblant.

— Putain, mais c’est un vrai psychopathe ! Il m’a poussé et je…

Il approcha la main gauche de l’arrière de sa tête et l’observa. Une goutte de sang luisait dans sa paume.

Il se tut, le visage crispé.

— Ce n’est rien, dis-je en inspectant son crâne. Ça se voit à peine.

— Ce n’est pas ça. C’est la bague. Je l’ai perdue.

 

*

 

— Quelque part par ici !

David indiquait un interstice entre les lattes.

Le plancher était vieux de près d’un siècle et à certains endroits les planches s’étaient écartées de plusieurs millimètres.

— Elle a dû glisser dans une fente ! Elle n’est pas par terre et je l’avais encore il y a deux minutes. Avant que ce malade mental…

Il laissa sa phrase en suspens.

Harry quitta la chambre. On entendit un craquement quand il se laissa tomber sur la banquette à barreaux de la cuisine.

— Allez, on cherche une dernière fois, suggérai-je.

— J’ai regardé partout.

Avec un soupir, je m’agenouillai, baissai la tête vers le sol pour essayer de regarder dans une fente.

— Fait chier, marmonna-t-il. Merde ! Fanny va me faire la peau. Elle m’avait dit de la déposer dans une bijouterie tout de suite. J’aurais dû l’écouter.

— Du calme, on va la trouver. Je ne vois rien, il fait trop sombre.

David se pencha, alluma la lampe de poche de son portable et la braqua dans ma direction. Je scrutai l’intérieur de la fente – la maigre lumière qui se faufilait entre les planches n’était pas très utile. Je ne voyais que de la poussière.

Je bougeai la tête et fouillai du regard une autre ouverture. Je me redressai et rencontrai son regard.

— Tu es sûr que c’était là ?

— Oui. Quelque part par ici. (Il poussa un long soupir.) Bon sang ! Elle a disparu ! Bordel de merde !

Il se mit à arpenter la chambre d’un pas vif, s’arrêta près de la tête de lit, se pencha en avant et laissa courir ses doigts sur le sol. Il se leva, traversa la pièce, s’accroupit et fit de même.

— Les planches. Si on arrache les clous, on peut les soulever. Ça suffira peut-être d’en enlever quelques-unes. On pourra les remettre facilement.

— Entendu, dis-je après un instant de réflexion. On s’en charge demain.

— Non. Il faut qu’on retrouve la bague maintenant.

— Enfin, David, tu sais quelle heure il est ?

— Demande à papa de m’aider si tu es trop crevée !

Je me levai, secouai la tête.

— Il dort et je ne pense pas qu’il se réveille très tôt.

— Bon, bon.

— Tu peux aller chercher la boîte à outils ?

J’hésitai. Bien sûr que je pouvais aller la chercher, elle se trouvait dans un des placards de la cuisine, mais je ne comprenais pas bien l’urgence. La bague n’allait pas se volatiliser pendant la nuit. Nous pourrions la chercher le lendemain.

— Je t’en prie, maman.

— D’accord, acceptai-je en maudissant ma sensiblerie. J’y vais.

Je retournai dans la maison récupérer la grosse boîte à outils et ressortis à pas de loup.

David m’attendait devant la porte. Il me prit la mallette des mains avec un regard reconnaissant. Harry était toujours assis sur la banquette, voûté sur son ordinateur cassé.

David s’engouffra dans la chambre. Quand j’entrai derrière lui, il avait déjà sorti un marteau et un pied-de-biche et s’était mis à l’ouvrage. Un crissement se fit entendre au moment où le bois libéra le vieux clou rouillé.

— Commençons par cette planche, déclara-t-il. Les fentes sont les plus larges tout autour.

— On devrait peut-être décaler le lit ?

Je poussai le meuble de quelques dizaines de centimètres vers le mur.

David se leva, posa le clou sur la table de chevet et traversa la pièce pour arracher celui de l’autre côté.

Il était moins lâche, David tira de toutes ses forces. Il lui fallut plusieurs minutes avant de parvenir à l’arracher.

Harry apparut dans l’embrasure, la curiosité avait pris le dessus, mais il refusait toujours de nous adresser la parole. Il regarda David se lever pour déposer les clous sur la table de chevet.

David inspecta la planche.

— Si je soulève de ce côté, tu peux peut-être…

Il indiqua l’autre côté de la latte en me regardant. Je me tournai vers son frère.

— Harry, tu pourrais quand même nous donner un coup de main.

Ce dernier s’avança à contrecœur.

David se pencha en avant, glissa le pied-de-biche dans l’ouverture entre les deux planches et fit levier. La planche se détacha avec un craquement, levant un petit nuage de poussière. Une odeur de terre humide envahit la chambre. Harry empoigna l’autre extrémité et ensemble ils soulevèrent la planche et la posèrent sur le côté.

Je plongeai le regard dans l’ouverture – environ une quinzaine de centimètres de large sur trois mètres de long. Des lambourdes étaient placées à intervalles réguliers entre lesquelles on distinguait l’isolant – des copeaux, de la vieille mousse et des journaux en boule. Quelques emballages de bonbons qui s’étaient immiscés sous le parquet traînaient à côté d’une poutre transversale.

David s’agenouilla, plongea les deux mains dans les matériaux d’isolation, le regard concentré, le front luisant de sueur.

Il s’immobilisa, son visage s’illumina d’un grand sourire et il brandit la bague entre le pouce et l’index. Elle scintillait à la lueur de la lampe en laiton.

— Incroyable ! m’exclamai-je.

Il enfila la bague et me regarda dans les yeux.

— Merci, dit-il. Merci.

Puis il se tourna vers Harry sans dire un mot.

— Vous pouvez replacer la latte, s’il vous plaît ? demandai-je. Je ne veux pas que vous tombiez dans ce trou.

Je reculai d’un pas pour laisser de la place aux garçons, mais au moment où ils allaient saisir la planche, mon regard s’arrêta sur un autre objet au fond de l’espace béant, un objet métallique qui reflétait la lumière du plafonnier.

— Attendez !

Je m’avançai, tendis le bras.

Je tenais entre les doigts un petit objet rond, de un centimètre de diamètre pour trois ou quatre millimètres d’épaisseur.

— Qu’est-ce que c’est ? s’enquit David en s’approchant.

Je retournai la petite pièce métallique.

C’était un bouton.

Le métal brillant était rehaussé d’une écrevisse en émail rouge.

OceanofPDF.com