Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 12 sur 57

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Plus on est de fous…

Chapitre 12

– 12 –

 

Marguerite frappa à la porte en bois du bureau du Dr Petitpas. Elle n’en menait pas large, comme une mauvaise élève convoquée par le principal.

– Entrez !

L’infirmière poussa lentement la porte. Le docteur était assis derrière un grand bureau Louis XV. Des tas de documents étaient alignés de part et d’autre, attendant sagement que le maître des lieux s’occupe d’eux.

La tête dans un dossier, le médecin avait le front plissé. Marguerite se fit, une fois de plus, la réflexion que le nom du docteur était vraiment trompeur. Comment un homme aussi imposant pouvait avoir l’adjectif « petit » dans son nom ? Les hasards de la généalogie.

Il releva la tête et, pendant un bref instant, Marguerite crut voir un sourire.

– Ah, Marguerite ! Merci d’être venue.

L’infirmière bafouilla quelque chose qui devait ressembler à un « Je vous en prie ».

Le Dr Petitpas la regarda intensément. Il semblait mal à l’aise et un silence lourd envahit la pièce.

N’en pouvant plus, Marguerite intervint :

– Ne me renvoyez pas !

Le médecin parut d’abord surpris, puis baissa les épaules comme s’il abandonnait.

– Ce n’est pas vous qui êtes licenciée, c’est moi. Enfin, pas vraiment. Mis sur la touche, plutôt.

– Je ne comprends pas.

– Les actionnaires de la clinique ne sont apparemment pas satisfaits de ma gestion de l’établissement. Trop de coûts et pas assez de rentrées d’argent.

– Mais nous sommes une clinique, pas une entreprise !

Le directeur de l’asile eut un sourire triste.

– En théorie, oui. Mais en réalité, nous ne sommes qu’une entreprise. Et une entreprise doit faire du profit.

– Comment faire du profit avec des malades ? C’est insensé !

– Au contraire. La maladie est une denrée bien lucrative. En particulier les maladies mentales, qui sont longues et difficiles à soigner. Des frais d’hospitalisation puis de séjour, des traitements lents et onéreux…

– Eh bien, nous avons des patients.

– Pas assez. Les nouvelles arrivées se font de plus en plus rares.

– Mais vous n’êtes pas responsable de tout cela !

– Je suis le directeur de la clinique.

Un silence retomba, laissant à chacun le temps de digérer ce qui venait d’être dit.

Marguerite n’en revenait pas. Elle qui s’attendait à être licenciée. Les choses ne se passaient décidément jamais comme prévu. Elle parcourut la pièce du regard. Au mur, des photos de paysages en noir et blanc côtoyaient les nombreux et prestigieux diplômes du médecin.

Elle se redemanda ce qui pouvait bien l’avoir amené ici. Pourquoi avait-il l’air aussi abattu ? Il devrait être soulagé de quitter cette petite clinique.

Un nuage passa et obscurcit le soleil, plongeant ainsi le bureau dans l’ombre. Cela aurait pu les mettre mal à l’aise mais aucun d’eux ne se leva pour allumer la lumière. Marguerite profita de la proximité que créait l’obscurité pour poser la question qui occupait son esprit :

– Pourquoi êtes-vous ici ?

Le directeur fronça les sourcils.

– C’est mon bureau, du moins pour l’instant.

– Non. Pourquoi dans cette clinique ? Vous êtes un médecin réputé, vous pourriez exercer où vous le souhaitez.

Il sembla hésiter. La frontière qu’il élevait entre lui et les autres était-elle sur le point de céder ? Ses mains se crispaient sur les rebords du bureau.

– Je…

Le nuage disparut et le soleil reprit sa place. Une lumière dorée envahit de nouveau le bureau. Le Dr Petitpas se redressa. Il réajusta sa blouse qui pourtant n’avait pas bougé.

– C’est personnel.

À nouveau ce ton froid, cette distance professionnelle. Il replaça un stylo qui avait eu l’audace de s’échapper de son pot à crayons. Marguerite comprit qu’elle n’en saurait pas plus. Le mieux qu’elle pouvait faire était encore de s’intéresser à l’avenir de la clinique.

– Que va-t-il se passer maintenant ?

– Je vais devoir aller au siège à Paris pour rendre des comptes.

– Quand ?

– Demain.

– Comment vont réagir les patients ?

– Je leur annoncerai moi-même après la thérapie de groupe du matin.

– Ils vont s’inquiéter. Vous savez à quel point le changement peut les perturber.

– Je vais tout faire pour les rassurer.

– Combien de temps serez-vous absent ?

Les épaules du médecin s’affaissèrent. Malgré ses efforts pour paraître solide, Marguerite voyait à quel point tout ceci lui coûtait.

– Je ne sais pas encore. Il va y avoir une enquête. Pendant ce temps, un directeur intérimaire sera nommé. Il fera un audit de notre établissement. Il reverra nos procédures et vérifiera nos finances.

Le docteur semblait si fragile, elle eut envie de le réconforter mais cette barrière invisible qu’il dressait l’en empêcha. Il la regarda droit dans les yeux, comme s’il avait compris son intention et, cette fois, un vrai sourire se dessina sur son visage. Il semblait avoir repris du poil de la bête.

– Vous allez voir, Marguerite, nous n’allons pas nous laisser faire !

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