Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 47 sur 57

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Plus on est de fous…

Chapitre 47

– 47 –

 

Le calme était revenu à l’intérieur de la camionnette. L’épisode Final Countdown avait permis de faire tomber les tensions générées par leur fuite et surtout par la rupture de leur routine bien huilée.

Jarod était satisfait de son traitement. La thérapie par la musique, il y pensait depuis un moment. Il avait pu en constater les résultats bénéfiques sur ses « patients ».

Il avait laissé tourner la playlist de Malik, et la voix chaude d’Elvis servait de fond sonore, entonnant Crazy Little Thing Called Love. Il n’y avait pas à dire, cet Elvis chantait quand même mieux que celui de la clinique !

Luc réprima un bâillement. La route était quasiment déserte et les conversations de ses amis mêlées à la voix d’Elvis le berçaient.

C’est justement parce que la route était peu fréquentée que son attention fut attirée vers l’unique voiture qui venait en contresens.

– Tiens, je connais cette voiture, remarqua également Ernest.

– Une voiture aussi laide, ça ne s’oublie pas, commenta Calixte.

– Caca d’oie, quelle idée ! ajouta Jeanne-Élisabeth qui aurait sûrement préféré un bleu roi.

– Il paraît que c’est vert marée descendante, les informa Jarod.

– Moche, c’est.

– Je m’en souviens ! C’est la voiture de M. Landry ou M. Adam, on ne sait jamais avec son nom tout mélangé… Bref, le nouveau directeur ! s’exclama Robin.

– Qu’est-ce qu’il fait là ? Il était censé être à Paris, s’étrangla Luc qui voyait déjà tous ses plans s’effondrer.

– Marguerite l’a peut-être appelé, expliqua Jeanne-Élisabeth.

– Cachez-vous ! ordonna Luc.

Jarod et Luc restèrent stoïques à l’avant tandis que l’équipage se recroquevillait à l’arrière.

– Il faut avoir l’air normal. Surtout ne ressemblons pas à des fous, conseilla Jarod.

– Ça ressemble à quoi, un fou ?

Jarod lui adressa un regard étonné et le pointa du doigt.

– À nous !

Luc se renfrogna.

– Parle pour toi, moi, je ne suis pas fou.

– Dit le fou au volant d’un fourgon psychiatrique, se moqua Jarod avec un clin d’œil.

Les deux « fous normaux » se tinrent très droits, le dos collé contre le dossier du siège du Kangoo, un faux sourire plaqué sur leurs visages normaux, et fixèrent un point à l’horizon.

Au moment où ils croisèrent le directeur, ils ne purent s’empêcher de jeter un œil. Leurs regards se croisèrent. Ils virent l’incompréhension puis l’incrédulité et enfin la colère se peindre sur son visage.

– Cet homme a un visage tellement expressif ! commenta Jarod, une fois le véhicule croisé.

– On peut se relever ? demanda Robin.

– Pousse-toi, tu me mets ton pied dans la tête ! s’énerva Ernest.

– Les pieds sont vecteurs de tellement de maladies, déclara Calixte.

– C’est fichu, il va donner l’alerte ! s’angoissa Jeanne-Élisabeth.

– Pas de chance, c’est.

– Que fait-on ? demanda Luc, les doigts crispés sur le volant.

Calixte sortit du sac à dos qu’il avait apporté son cahier dans lequel il notait tout. Il regarda sur le compteur le nombre de kilomètres qu’ils avaient déjà parcourus. Il griffonna quelques opérations.

– Le temps qu’il rejoigne la clinique, nous serons presque arrivés au cimetière.

Ernest ne sembla pas rassuré par cette hypothèse.

– Il peut téléphoner à la police et donner notre signalement.

Robin crut bon d’ajouter :

– Impossible, je n’apparais dans aucun fichier. Un vrai fantôme administratif. Je suis là où personne ne m’attend. Partout et nulle part à la fois…

Ernest ne le laissa pas terminer sa phrase.

– Il va signaler la camionnette de la clinique.

Jeanne-Élisabeth s’en mêla, après tout elle lisait beaucoup de polars.

– Je savais qu’on aurait dû changer les plaques !

Jarod gardait un œil fixé sur le rétroviseur.

– Il est parti. Je pense qu’il ne nous a pas reconnus.

L’aristocrate, fan de littérature policière, eut une moue déçue.

– Pas nous reconnaître ? Quel manque d’intérêt pour les patients !

– Sauvés, nous sommes.

Luc scrutait nerveusement le rétroviseur. Il avait un mauvais pressentiment. Le regard qu’il avait échangé avec le directeur n’augurait rien de bon.

Soudain, une tache vert sale brilla au loin. D’abord un petit point, puis le contour olivâtre d’une berline. Il était trop loin pour le distinguer mais il était certain de pouvoir apercevoir deux yeux mauvais au-dessus du volant en cuir.

– Il revient ! cria Jarod.

La voiture du directeur était déjà derrière eux, klaxonnant et leur faisant des appels de phares.

Luc ne ralentit pas, alors le directeur, rendu imprudent par la colère, se plaça sur la file de gauche comme pour les dépasser mais resta au niveau de la vitre côté conducteur. Il leur adressa de grands gestes énervés.

Robin répondit par des petits coucous. Calixte leva des mains impuissantes.

– Je ne comprends rien à ce qu’il dit !

– Parlez plus fort, mon cher, nous n’entendons rien ! conseilla Jeanne-Élisabeth.

Le directeur, dont la rage redoublait face à ce manque cruel d’obéissance, continua à pester à travers les vitres de sa berline. Une voiture venant en contresens l’obligea à se replacer sur sa file, derrière la camionnette.

– Je crois qu’il veut qu’on se gare, expliqua Ernest.

Robin approuva.

– C’est plutôt gentil de sa part, il a peur que nous ayons un accident.

La voiture passée, le directeur revint immédiatement se placer contre le véhicule des fugitifs. Il vociférait. Il était en nage.

– Il ne faut pas qu’il se mette dans un état pareil, préconisa Jeanne-Élisabeth.

– Il risque l’anévrisme, renchérit Calixte.

À l’avant, Luc et Jarod échangèrent un regard inquiet. Ils n’aimaient pas ce qu’ils lisaient dans les yeux du directeur. De la colère. De la haine. De la peur. Sans doute craignait-il que les administrateurs apprennent la fuite de malades sous sa responsabilité.

M. Adam se rabattit au dernier moment, frôlant une voiture venant en sens inverse. Ces allées et venues continuèrent un petit moment car Luc refusait de se rabattre. Ils furent néanmoins interrompus par la sirène d’une voiture de police.

Le directeur vint se placer derrière le Kangoo mais cela ne suffit pas à faire partir les policiers qui actionnèrent une nouvelle fois la sirène afin d’intimer l’ordre de s’arrêter.

Luc sentit un frisson glacé le parcourir. Jamais leur fuite n’avait été aussi menacée.

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