Plus on est de fous…
Chapitre 4
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Marguerite se laissa tomber sur le siège de la voiture. Elle savoura le bien-être procuré par le simple fait de pouvoir enfin reposer son dos. Elle souffla.
Deux minutes. Elle avait seulement besoin de deux minutes. Juste pour elle. Ce n’était pas trop demander, non ?
Elle adorait ses patients mais il lui fallait bien reconnaître qu’ils pouvaient parfois être épuisants. De véritables pompes à énergie.
Elle avait postulé à cet emploi sept ans plus tôt. Une simple annonce dans le journal. Elle ne connaissait pas grand-chose en psychiatrie mais elle avait besoin de trouver un travail dans cette région où elle venait d’emménager avec son mari. Les stages qu’elle avait effectués lors de sa formation d’infirmière suffiraient peut-être. À l’époque, elle s’était même dit que les soins psychiatriques ne devaient pas être si compliqués.
Elle sourit au souvenir de sa naïveté. La psychiatrie, c’était le couteau suisse de la médecine. Il fallait faire preuve d’une extrême polyvalence, être à la fois infirmière, nounou, psychologue… Tout cela avec une vigilance accrue car les patients pouvaient se montrer très rusés.
Elle repensa à son entretien d’embauche mené par un gentil docteur aux questions de plus en plus étranges. Jarod faisait déjà des siennes…
Son mari avait obtenu une belle promotion, de celles avec voiture de fonction, bureau d’angle et assistante. Ils avaient tout quitté. Famille, amis, maison douillette pour tout recommencer. Sept ans plus tard, son mari avait tout gardé, la voiture de fonction, le bureau d’angle, l’assistante, surtout l’assistante. Tout sauf elle. Il n’avait attendu que quelques mois. Ils avaient à peine eu le temps de s’installer. Elle venait de trouver ce nouvel emploi et de lui annoncer qu’elle était enceinte.
« On ne reste pas avec une femme pour un enfant », avait-il rétorqué froidement. Marguerite était trop choquée pour lui envoyer le service en porcelaine de leur mariage en pleine figure. Sa seule pensée fut de se demander comment elle avait pu passer si rapidement de « sa » femme à « une » femme.
Elle s’était retrouvée seule pour élever son enfant. Un magnifique petit garçon qui ensoleillait sa vie mais exigeait également beaucoup d’énergie.
Elle avait juste besoin de deux minutes. Assise dans sa voiture, elle soufflait un peu avant d’entamer sa deuxième journée de travail. Surveiller les devoirs, préparer le dîner, faire couler le bain, lire une histoire, s’occuper du ménage. On prend les mêmes et on recommence.
Mais il ne fallait pas la croire malheureuse. Au contraire, elle était parfaitement épanouie. Son fils était un petit être tout à fait exceptionnel. Intelligent, doux et attentionné, il faisait sa fierté. C’était l’homme de la maison. L’homme de sa vie. Le dernier sûrement.
Elle adorait également son métier qu’elle exerçait dans un très bel environnement. La clinique était un endroit tout à fait unique. Le lieu en lui-même était déjà hors norme, cette superbe bâtisse, les bois environnants, le lac… Le nombre restreint de patients, qui permettait d’accorder à chacun une attention particulière. Elle s’était attachée à eux. Ils formaient une sorte de famille, un peu folle certes, mais toutes les familles ne le sont-elles pas un peu ?
Ses pensées se tournèrent vers le Dr Petitpas. Elle ne savait pas trop quoi en penser. Il était tellement… tellement… Il était très professionnel, gentil, beau. Mais aussi tellement distant. Il ne parlait jamais de sa vie personnelle et se cantonnait aux discussions médicales. Marguerite ne connaissait même pas son prénom ! Personne ne le connaissait. Dr T. Petitpas. Thierry ? Non, il n’avait pas l’âge, ni la tête d’un Thierry.
Elle s’était un peu renseignée sur lui. Conscience professionnelle oblige. C’était un grand ponte ! Ses recherches étaient à la pointe et il faisait figure de précurseur. Ses publications dans les revues spécialisées étaient des références et plusieurs grands hôpitaux sollicitaient ses conseils. Que faisait-il à la clinique Beausoleil ? Il aurait pu diriger n’importe quelle clinique prestigieuse dans le monde, pourquoi être venu dans cette petite unité psychiatrique d’Île-de-France ? Le mystère était entier.
Les deux minutes étaient passées. Il était temps de se remettre en route. Marguerite secoua la tête pour se redonner du courage. Elle mit le contact et alluma la radio.
Sa deuxième journée pouvait commencer.
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