Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 27 sur 57

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Plus on est de fous…

Chapitre 27

– 27 –

 

 

Tous les résidents étaient réunis dans le hall d’accueil. Les banderoles avaient eu le temps de sécher puisque le nouveau directeur avait retardé son arrivée à plusieurs reprises.

Fallait-il y voir un signe ? Marguerite s’y refusait. Elle ne voulait pas se laisser gagner par la tension ambiante. Elle avait tout fait pour rassurer ses patients et leur avait dit que tout allait bien se passer, alors qu’au fond elle n’en était pas du tout certaine.

Même son fils était présent. Noé avait souhaité la rejoindre après l’école pour assister à l’arrivée de celui qui allait remplacer le Dr Petitpas.

Elle le regarda. Il lui adressa un grand sourire et leva le pouce. Cela lui fit du bien. En bonne mère qui se voulait parfaite, elle se reprocha le fait que ce soit son fils qui lui remonte le moral et non l’inverse. Lui mettait-elle trop de pression sur les épaules ?

Le petit garçon lui lâcha la main et alla aider Elvis à porter sa banderole « Beausoleil, une clinique rock’n’roll ! ». Il avait l’air heureux. Elvis aussi. Alors pourquoi se poser trop de questions ? Soulagée, elle reporta son attention sur l’assemblée de malades. Ils semblaient partagés entre l’excitation et la peur de la nouveauté.

Elle regarda sa montre. Quatorze heures quinze. Il avait pourtant dit quatorze heures !

Pour l’instant, les patients restaient calmes mais cela ne durerait pas éternellement.

L’infirmière entendit des pneus crisser sur le gravier. Malik se précipita à la fenêtre.

– C’est lui ! dit-il en courant reprendre sa place sous une pancarte de bienvenue.

Ils entendirent les pas du nouveau directeur monter les marches et s’immobiliser derrière la porte. Le temps parut suspendu. Qu’attendait-il ? La tension monta encore d’un cran.

Marguerite se demanda si, en tant que chef intérimaire, elle devait aller lui ouvrir la porte. Elle pensa au Dr Petitpas. Qu’aurait-il fait à sa place ?

– Qu’est-ce qu’il attend, celui-là ? Une Reine n’a pas à patienter ! s’énerva soudain Mme Darminoun plus Cléopâtre que jamais.

– Courbatures aux bras, j’ai, constata calmement Yoda en baissant sa pancarte « Donne cours de Jedi, contacter Yoda, chambre 17 ».

Marguerite ne pouvait pas se permettre de les faire attendre plus longtemps. Elle s’avança vers la porte mais, au moment où elle mettait sa main sur la poignée, elle s’ouvrit.

Il y eut un moment de silence.

– Surprise ! cria Noé.

– Bon anniversaire ! compléta Robin.

– Ce n’est pas son anniversaire, le corrigea le petit garçon.

– Ah bon ? Qu’est-ce qu’on fait là, alors ?

Noé rit et haussa les épaules, il avait l’habitude de la compagnie insolite des patients de sa mère.

– On accueille le nouveau directeur, Landry Adam.

– C’est pour ça qu’on est là ? Encore ce directeur au nom tout mélangé !

Le nouveau directeur avança d’un pas et hocha silencieusement la tête. Les sourires de bienvenue disparurent des visages des pensionnaires. L’homme affichait un air froid et distant. Rien à voir avec le Dr Petitpas. C’était un petit être au costume terne et à la cravate trop serrée. Était-ce cela qui le rendait si sévère ? Une cravate trop serrée pouvait-elle définir un homme ?

– Pas belle, cette cravate est.

– Du synthétique, constata Ernest en spécialiste des textiles.

Jarod se taisait. Il observait. Lui, mieux que quiconque, savait cerner une personnalité. Il était à l’affût de chaque geste, chaque micro-expression, chaque mouvement de sourcil qui trahirait le caractère de celui qui allait présider à leur destin pendant un temps encore incertain.

Il n’aimait pas ce qu’il voyait. Deux yeux trop rapprochés séparés par un nez aquilin. Un visage d’oiseau de proie. Un rapace prêt à les capturer dans ses griffes acérées.

Luc non plus n’était pas rassuré. Le nouveau directeur ne lui faisait pas une bonne impression. Comment espérer mettre son plan en place dans ses conditions ? Voilà qui ne lui facilitait pas la tâche.

Jeanne-Élisabeth, en grande dame et hôtesse de maison, se dirigea vers le nouveau venu et lui tendit un bras fin au bout duquel pendait une main prête à recevoir un baiser selon le protocole.

– Jeanne-Élisabeth Dalenguin de Valicourt Saint-Pierre, se présenta-t-elle avec une révérence digne de Sissi Impératrice.

Le directeur eut un mouvement de recul. Une peur primaire proche de celle de Calixte face à un microbe. Il toussota et lissa sa cravate pour se redonner une contenance.

Jeanne-Élisabeth, toujours le bras tendu, agita sa main pour l’aider à comprendre. Il la serra avec la moue dégoûtée de celui qui tient un poisson mort. Vexée mais digne, l’aristocrate s’en retourna dans les rangs.

Marguerite prit la suite.

– Bonjour monsieur Adam. Je suis Marguerite, l’infirmière en chef.

– C’est vous qui avez assuré l’intérim, c’est bien cela ?

Il avait une voix sourde.

– Oui.

Secrètement, Marguerite avait espéré un petit mot de remerciement. Après tout, elle avait tenu seule la clinique pendant deux jours et demi ! Des félicitations ou, au moins, de la reconnaissance.

– Passons dans mon bureau. Nous avons suffisamment perdu de temps, répliqua sèchement celui qui se prenait déjà pour le maître des lieux alors qu’il ne savait même pas où se trouvait ledit bureau.

– Mais les patients ont prévu une surprise pour vous, un chant d’accueil.

Il souffla, exaspéré par ces bêtises.

– Une autre fois, voulez-vous ? J’ai du travail pour redresser cet établissement.

Il lança un regard circulaire empreint de mépris sur les lieux pourtant pleins de charme et sur les malades tout aussi charismatiques à leur manière.

– Beaucoup de travail.

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