Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 14 sur 57

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Plus on est de fous…

Chapitre 14

– 14 –

 

 

Luc fut réveillé par une secousse à son bras.

Où était-il ? Quelle heure pouvait-il bien être ? Que faisait-il là, dans ces draps inconnus ? Où était Pauline ?

Une autre secousse.

Était-il en train de faire une crise cardiaque ?

Cette fois, on lui tira violemment le bras.

– Réveille-toi, chuchota une voix.

– Qui est là ?

Une silhouette se dessina dans l’obscurité de la chambre. Luc se souvint. Il était dans un hôpital psychiatrique. Il faisait nuit. Un fou furieux l’attaquait !

– C’est moi.

Pourquoi était-ce tout le temps ceux que l’on ne connaissait pas qui disaient cela ?

– Qui, « moi » ?

– Moi !

– Je ne connais pas de « Moi ».

Il perdait la raison. Prêt pour la camisole.

– Jarod !

– Ah ! Il fallait le dire plus tôt…

– Lève-toi.

– Pourquoi ?

– Parce que.

– Parce que quoi ?

Il n’en pouvait plus de ces fous.

– J’ai quelque chose à te montrer.

– On est en pleine nuit, ça ne peut pas attendre demain ?

– Non.

– Pourquoi ?

– Parce que !

Si son séjour se prolongeait, il devrait apprendre à ne plus poser cette question. Cette fois, il était complètement réveillé. Il repoussa la couverture et s’assit sur le lit.

– Viens !

La silhouette se déplaça et Luc put apercevoir Jarod dans le rayon de lumière verte qui émanait du panneau « sortie de secours ». Son visiteur était en pyjama.

– Que fais-tu en pyjama ? demanda Luc.

Jarod haussa les épaules.

– Ben, c’est la nuit.

Il était incroyable de constater à quel point les fous réussissaient à faire paraître les autres encore plus fous.

Le visiteur nocturne pointa du doigt Luc.

– Toi aussi, tu es en pyjama.

– Oui mais moi, je dors. C’est normal.

Luc put voir Jarod secouer la tête.

– Tu ne dors plus maintenant. Allez ! Viens !

L’intrus ouvrit la porte et la pâle lumière du couloir se répandit dans la chambre.

Luc poussa un soupir. Après tout, il était réveillé maintenant et il doutait de pouvoir se rendormir facilement. Il avait refusé le somnifère que lui avait proposé le docteur. Avant tout par bravade car, en réalité, il avait des difficultés à s’endormir. Et, pour une fois qu’il y parvenait, un dingue venait le déranger !

Il enfila ses chaussons et se leva.

– Attends-moi !

Il rejoignit son nouvel ami dans le couloir.

– Qu’est-ce qu’on fait mainte…

Jarod lui plaqua une main sur la bouche.

– Pas si fort ! Tu vas alerter les infirmiers.

Luc hocha la tête et il enleva sa main.

– Suis-moi, on va rejoindre les autres.

– Quels autres ? chuchota Luc.

– Les autres.

– Où ?

– Quelque part.

Luc n’eut pas le temps de récolter d’autres précieux renseignements, Jarod se courba et se mit à courir le long du couloir. On aurait dit un militaire en pleine attaque. Luc s’attendait presque à le voir faire une roulade au sol puis ramper. Il le suivit tant bien que mal.

Arrivé devant le bureau des infirmiers, l’éclaireur stoppa net. À genoux devant la vitre du local, ils patientèrent en écoutant les bavardages du personnel soignant. Jarod pencha rapidement la tête dans l’office puis se plaqua à nouveau contre le mur.

– Attends.

Il se mit à hululer.

Luc était prêt à retourner dans sa chambre. Il ne s’était pas réveillé en pleine nuit pour voir Jarod se la jouer Apocalypse Now dans les couloirs de la clinique puis se prendre pour une chouette. Il allait lui livrer le fond de ses pensées quand un miaulement puissant répondit au hululement derrière les portes battantes séparant le bâtiment principal de l’aile ouest.

Au premier miaulement succéda un autre, déchirant.

– Encore ces maudits chats qui viennent hurler à nos fenêtres ! maugréa un infirmier.

– On devrait peut-être aller voir.

– T’as raison. On va en profiter pour reprendre du café !

Les infirmiers se levèrent. Jarod poussa Luc à l’abri derrière un chariot de linge. Ils virent les deux hommes se diriger vers les portes puis disparaître dans la lumière jaunâtre du couloir.

– On y va !

Jarod reprit sa progression. Luc le suivit.

– Comment pouvais-tu savoir que des chats allaient miauler pile à ce moment ?

Le spécialiste de l’échappée nocturne eut un air consterné.

– Ce n’était pas un vrai chat, idiot ! C’était Robin. Il a fait diversion.

– Il est doué, dis donc.

La suite du chemin se passa en silence. Pas de roulades, pas besoin de ramper mais de beaux camouflages derrière une table, une chaise, un autre chariot et même un pied à perfusion.

Luc se demandait où ils pouvaient bien aller ainsi. Puis il eut une illumination. Jarod était en train de l’aider à s’échapper ! Quel homme, ce Jarod ! Un véritable ami. Il ne le connaissait que depuis quelques jours et il n’hésitait pas à braver les règles de l’établissement pour lui prêter main-forte.

Pauline serait si contente de le revoir ! Il imagina avec plaisir leurs retrouvailles. Il aurait bien quelques papiers à signer, des formalités à régler, mais il serait libre.

Libre de retrouver sa tante et de lui expliquer l’abjecte trahison de sa sœur. Il ne savait pas quelle histoire tordue elle avait dû raconter à la pauvre femme pour justifier son absence, mais il pensait avec délice à la tête qu’elle ferait en le voyant au chevet de leur tante. Elle avait déclenché les hostilités, il initierait la guerre.

Il ourdissait de sombres plans lorsque Jarod s’arrêta devant une porte.

– Nous y sommes.

Luc n’était jamais venu dans cette partie de la clinique. Il n’avait pas fait de visite et connaissait simplement le hall, le réfectoire, la salle d’activités et le jardin. S’agissait-il d’une issue de secours ?

Jarod jeta un regard soupçonneux de droite à gauche puis plaça sa main sur la poignée.

– Tu es prêt à changer d’univers ?

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