Plus on est de fous…
Chapitre 43
– 43 –
D’un bond, Calixte se redressa et se dirigea vers Robin et Malik qui n’avait toujours pas goûté au café soporifique. Jeanne-Élisabeth aurait voulu le dissuader de prendre des risques mais elle n’en eut pas le temps. Cependant, elle fut surprise de constater à quel point son petit protégé avait évolué. Quelques mois plus tôt, jamais il n’aurait été capable de prendre une telle initiative. Elle sentit son cœur de mère de substitution se gonfler de fierté.
– Bonjour Malik !
– Tiens, Calixte ! Décidément, vous vous êtes tous réveillés aux aurores ce matin.
– Je me suis levé parce que j’avais soif.
– Robin a apporté du café, tu en veux ?
– Non, merci. Je ne bois jamais ce qui a été touché par les autres.
– Ah oui, c’est vrai.
– Mais j’ai tellement envie de sentir le goût corsé et boisé du café dans ma gorge. Sentir son énergie se répandre dans toutes mes cellules.
– Ben dis donc, tu aimes le café, toi !
– Je suis si fatigué en ce moment.
– Moi aussi, admit Malik en bâillant.
– Mes muscles sont tout mous, mon cerveau est embrumé, mes paupières sont lourdes.
Malik se frotta les yeux.
– Je serais tellement bien dans mon lit. Ma couette chaude et moelleuse au-dessus de mon corps exténué.
L’infirmier bâilla à s’en décrocher la mâchoire.
– Si seulement je pouvais boire quelque chose qui pouvait me donner un peu de vigueur, je me sentirais tellement mieux… continua Calixte.
Malik porta instinctivement le gobelet de café à ses lèvres et le but quasiment d’un trait, plongé dans un état second.
Une fois le breuvage avalé, il sembla retrouver son énergie.
– Tu as raison, Calixte. Rien de tel qu’un bon café.
Calixte répondit par un sourire énigmatique et fit un geste à Robin pour qu’il le suive.
Ils coururent presque pour retrouver leurs compagnons toujours tapis dans l’angle.
– Que s’est-il passé ? demanda Luc.
– C’est OK, Malik a bu tout le café.
– Comment as-tu fait ? interrogea Jarod. C’était quoi cette histoire de fatigue et de soif ?
– Oh, ça ! Juste un peu de suggestion. Il suffisait d’introduire dans son esprit l’idée de fatigue et ensuite le sentiment de soif. Que l’un serait soigné par l’autre.
Les autres le regardèrent avec admiration.
– Très malin, c’était, complimenta Yoda qui se disait que, finalement, Calixte ferait peut-être un bon Jedi.
Calixte haussa modestement les épaules.
– C’est grosso modo ce que font les mentalistes. Mais là, je dois dire que Malik était un très bon sujet. Il réagit de manière excellente à la suggestion…
– Attends une minute ! l’interrompit Robin, méfiant. Est-ce que tu m’as déjà suggestionné ?
– Comment cela ?
– Ne fais pas l’innocent. As-tu déjà utilisé des trucs de sorciers sur moi ?
– Ne commencez pas à vous battre ! s’interposa Jeanne-Élisabeth pour défendre son protégé.
Calixte lui fit un clin d’œil. Calixte ne faisait jamais de clin d’œil.
– Ne t’inquiète pas, Robin. Tu n’es pas un sujet favorable à la suggestion, tu sais beaucoup trop de choses…
Le complotiste, flatté, eut l’air soulagé. Jarod tapa dans ses mains.
– Pas de temps à perdre. Il faut surveiller Malik et intervenir dès qu’il sombrera dans le sommeil.
Ils attendirent quelques minutes.
– Ça ne marche pas ! s’inquiéta Ernest.
– Attendez un peu.
– Qu’est-ce que c’était comme médicaments ? demanda Jarod à Luc.
Celui qui ne prenait pas son traitement haussa les épaules.
– Je n’en sais rien.
– C’était peut-être des vitamines, proposa Robin.
– On est fichus, déclara Jeanne-Élisabeth avec l’élan dramatique d’une grande tragédienne.
– L’avenir, incertain est. Attendre, nous devons.
Calixte sortit le cahier dans lequel il notait toutes les informations qui lui semblaient importantes.
– Si on se base sur le poids de Malik, sa masse musculaire, son manque de sommeil, il devrait tomber dans cinq, quatre, trois, deux…
L’infirmier body-buildé s’endormit. Le petit groupe allait sortir de sa cachette quand Jarod les arrêta d’un coup sec.
– Marguerite est sur le perron ! Elle a dû venir plus tôt pour faire son jogging.
À travers la vitre opaque de la porte d’entrée, ils distinguèrent la silhouette de l’infirmière en chef qui terminaient sa course par une série d’étirements.
– Pas de chance ! pesta Robin en tapant sur ses cuisses.
– Sport, mauvais est.
– Sans parler du milliard de microbes contenus dans la transpiration.
– Elle va voir Malik ! comprit Jeanne-Élisabeth.
– Il faut se débarrasser du corps ! décida Ernest.
– Quoi ? ! s’étrangla Luc.
– J’ai toujours rêvé de dire ça.
– En attendant, ce n’est pas une mauvaise idée… réfléchit Jarod.
– On le coule dans du béton ? reprit Ernest.
– Hein ? s’étouffa Luc qui voyait la situation lui échapper.
– On le coupe en rondelles et on disperse les morceaux dans le lac.
– …
– On le trempe dans de l’acide.
– Ernest, il est vraiment temps que tu arrêtes de lire des polars, trancha Jarod.
– Derrière le bureau, bonne cachette est.
– Ça me rappelle une fois où j’ai dû me délester d’un corps encombrant. C’était un Noël, on avait tué, accidentellement je vous rassure, le réparateur de l’ascenseur, alors nous avons emballé les morceaux dans du papier cadeau et les avons distribués aux animaux du zoo…
– Je l’ai ! Le père Noël est une ordure !
– Connais pas.
– Bonne idée ! s’enthousiasma Jarod.
– Le zoo ? demanda Ernest perplexe.
Jarod fit une grimace.
– Non, le bureau. Yoda a raison, il faut cacher Malik derrière pour que Marguerite ne le voie pas.
La petite troupe se dépêcha d’aller chercher l’infirmier. Ils le saisirent et commencèrent à le traîner derrière le bureau.
– Il est lourd ! se plaignit Calixte.
– Le poids d’un Tauntaun mort, il pèse.
– Attrapez sa tête ! Elle traîne par terre, préconisa Jeanne-Élisabeth.
Ils réussirent à cacher un Malik lourd mais endormi derrière le bureau et eurent juste le temps de retrouver leur cachette quand Marguerite rentra. Elle portait encore son casque sur les oreilles. Rouge de sa course, son visage semblait perplexe, comme si les musiques entendues l’avaient perturbée. Elle jeta un œil au bureau des infirmiers et fut étonnée de ne pas y trouver son second.
– Malik ?
Retranchés à l’angle du couloir, les fugueurs retenaient leur respiration.
– Je ne peux pas regarder. C’est trop effrayant pour moi, geignit Robin en se cachant les yeux avec ses mains.
Marguerite essuya une goutte de transpiration qui lui était tombée dans l’œil et haussa les épaules. Après tout, Malik était peut-être simplement parti se prendre un petit café. Il paraissait fatigué en ce moment. Elle lui conseillerait de faire un peu moins de musculation.
L’infirmière tourna les talons pour se diriger vers son bureau à l’étage et prendre une bonne douche.
Un murmure de soulagement traversa la petite troupe.
– On a eu chaud ! souffla Calixte.
– Sauvés, nous sommes !
Luc souffla et se permit même un sourire, puis se ravisa en se disant qu’ils n’avaient pas encore fait la moitié du chemin.
– Attendez avant de vous réjouir. Nous ne sommes pas encore sortis de la clinique.
– Oui, allons-y ! le seconda Jarod.
Ils se levèrent dans un claquement d’articulations de genoux. Il fallait être solide pour être un fugitif !
Ils se dirigeaient vers la porte lorsqu’ils entendirent les pas de Marguerite revenir vers eux. Zut ! Elle devait avoir oublié quelque chose ou vouloir s’assurer que Malik était bien revenu à son poste.
– Mince ! Elle revient. Qu’est-ce qu’on fait ? voulut savoir Ernest.
– Prier, nous pouvons.
Jarod se frotta le front pour réfléchir.
– Il faut faire diversion.
– Comment ?
– Je reste avec Luc. Vous, allez voir Marguerite et emmenez-la loin.
– Mais comment ? demanda Robin qui, décidément, supportait mal la pression.
– Je ne sais pas, moi, dites-lui que vous avez besoin de parler. Les médecins et les infirmiers psychiatriques adorent quand on veut leur parler.
Jarod et Luc retournèrent se cacher tandis que Jeanne-Élisabeth, Calixte, Ernest, Yoda et Robin allèrent à la rencontre de Marguerite dans l’escalier.
Les deux compères retranchés entendirent quelques bribes de conversation entre leurs alliés et l’infirmière, puis des pas qui s’éloignaient.
Luc et Jarod passèrent une tête pour vérifier que tout était bon. La voie était enfin libre !
Ils traversèrent le hall et sortirent par la grande porte.
Ni vu ni connu.
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