Plus on est de fous…

Zoe Brisby · Chapitre 52 sur 57

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Plus on est de fous…

Chapitre 52

– 52 –

 

Le Dr Petitpas passa en courant devant Luc. Il se précipita sur Calixte qui commençait à devenir bleu en raison du manque d’air. Le médecin semblait bouleversé. Si bouleversé que c’en était inquiétant.

Il ouvrit la bouche du pauvre asphyxié en train de suffoquer.

– Les voies aériennes ne sont pas obstruées.

Il se tourna vers Marguerite.

– Que s’est-il passé ?

L’infirmière, habituée à la force tranquille du docteur, fut surprise de lire une telle détresse dans son regard.

Calixte, paniqué, tenait son cou. Le médecin enleva ses mains et aperçut une piqûre rouge et enflammée.

– Il s’est fait piquer par une guêpe, conclut Jarod.

– Il est allergique ? demanda Robin.

– Non ! répondit d’une voix aiguë le praticien. Son dossier ne l’indique pas.

– Il suffit qu’il n’ait jamais été piqué avant, expliqua Marguerite. Il était sûrement allergique sans le savoir.

– Mon pauvre petit, pleura Jeanne-Élisabeth en portant à ses yeux un mouchoir en tissu brodé à ses initiales, pour retenir ses larmes.

– Jeune Jedi, Calixte est. Se battre, va, tenta de la réconforter Yoda.

– Il faut appeler une ambulance ! cria Ernest.

Jarod saisit le téléphone de Malik et composa le 15.

– Je m’en occupe.

– Nous n’avons pas le temps ! Il est en train de faire un choc anaphylactique, s’inquiéta le médecin.

Calixte cessa de se débattre. Il lâcha son cou. Ses mains tombèrent mollement sur le sol. Jeanne-Élisabeth étouffa un cri.

En appui sur ses genoux, le Dr Petitpas commença le massage cardiaque.

– Que pouvons-nous faire ? interrogea Marguerite qui prenait le pouls du pauvre Calixte.

– Il nous faudrait de l’épinéphrine.

– De l’épinéphrine ? répéta Robin, étonné.

Le docteur se tourna vers lui.

– Oui, c’est le seul moyen de le sauver.

– Mais j’en ai, moi !

– Nous n’avons pas le temps de jouer, Robin, le gronda Marguerite. La vie de Calixte est en jeu !

– Je ne mens pas ! C’est quand même incroyable comme personne ne me croit… s’insurgea l’incompris.

Il fouilla dans ses poches et en sortit une ampoule injectable.

– Mais c’est à moi, ça ! se fâcha Ernest en tentant de la lui reprendre des mains. Je comptais l’utiliser dans mon prochain suicide par overdose !

Le médecin se leva précipitamment et arracha l’ampoule. Il vérifia ce qui y était inscrit.

– C’est bien de l’épinéphrine !

Le soulagement était perceptible dans sa voix.

Il revint vers Calixte et injecta le médicament dans sa cuisse.

– À la télé, ils font la piqûre directement dans le cœur, commenta Ernest.

Le Dr Petitpas était trop secoué pour répondre alors Marguerite prit le relais.

– Ce qu’on voit à la télévision est loin d’être la réalité.

– De toute façon, la télévision n’est qu’un instrument gouvernemental de contrôle des masses. En lien avec les extraterrestres, bien sûr.

Marguerite ignora les théories de Robin et rassura le groupe.

– Avec ce que nous lui avons administré, il va s’en sortir.

– L’ambulance est en route, précisa Jarod qui venait de raccrocher.

Calixte reprenait déjà connaissance. Il voulut s’asseoir mais le médecin lui ordonna de rester allongé. Il s’assit lui-même en tailleur sur la pelouse du cimetière. La tension dans ses muscles se détendit enfin mais ses traits restaient toujours marqués.

Il craignait d’avoir à expliquer son attitude aux autres. L’intervention d’Ernest lui apporta un bref répit.

– Pourquoi m’as-tu volé mon ampoule ? demanda-t-il à Robin.

– Parce que.

– D’abord tu voles le portefeuille du directeur, puis mon stylo injecteur. Tu es un vrai cleptomane ! Il faut te faire soigner !

– Qu’est-ce que c’est que cette histoire de portefeuille volé ? Qu’avez-vous fait au nouveau directeur ? interrogea Marguerite.

– Vous ne savez pas ? s’étonna Jeanne-Élisabeth.

– Ce n’est pas à cause de lui que vous nous avez retrouvés ? questionna Luc.

Marguerite fronça les sourcils.

– Pas du tout ! Malik avait installé une application de géolocalisation pour retrouver son portable en cas de perte.

Robin leva les bras au ciel.

– Je vous l’avais bien dit ! Il fallait jeter le téléphone.

L’infirmière leur fit les gros yeux.

– Il faudra m’expliquer ce qui s’est passé avec M. Adam…

Jeanne-Élisabeth chassa cette interrogation avec son mouchoir en coton bio.

– Oh, rien d’important.

– En attendant, tout ça ne nous dit pas pourquoi Robin a volé mon épinéphrine.

– Tu ne savais même pas ce que c’était !

– Je l’ai prise dans l’armoire de l’infirmerie.

Marguerite faillit s’étrangler.

– Mais elle est fermée à clé !

– Jarod a les clés.

Tous les regards se tournèrent vers le caméléon serrurier.

– Et après, c’est moi qu’on accuse de vol ! se récria Robin.

– Mais pourquoi fallait-il que tu prennes mon ampoule ? J’en avais besoin pour mon suicide.

Le complotiste parut gêné. Il se balança d’un pied sur l’autre avant de répondre.

– Parce que je ne voulais pas que tu meures.

– Je n’allais pas mourir ! J’allais seulement me suicider !

– Eh bien moi, je n’ai pas envie que tu te suicides !

Ernest et Robin s’étaient rapprochés. La tension était palpable. À quelques centimètres seulement l’un de l’autre, la bagarre n’était pas loin.

– Pourquoi ?

– Parce que tu es mon ami et que je tiens à toi, si tu veux tout savoir !

Ernest parut d’abord décontenancé. Il hésita à donner un coup de poing au voleur d’épinéphrine. Il y eut un moment suspendu durant lequel tous retinrent leur souffle, à l’exception de Calixte qui retrouvait à peine sa respiration. Puis, le suicidé en série prit le complotiste dans ses bras.

– Beau, l’amitié, c’est.

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